(...) La réticence de Godspeed You Black Emperor ! à accepter la filiation avec le "post-rock" relève peut-être plus d'une différence en termes de musique qu'en termes d'"idéologie". Ce que certains appellent l'"avant-rock", et dont la scène montréalaise serait le parangon, s'apparente au "post-rock" en ce sens qu'il s'agit d'une musique instrumentale jouée avec des guitares, mais s'en différencie par la volonté générale de se détacher de l'extrême abstraction et théorisation musicale pour faire une musique plus émotionnelle, plus commotionnelle, un influx plus nerveux que cérébral. La musique de Godspeed est épique et violente, elle fonctionne en progressions, montées et climax qui s'adressent plus aux sens qu'au cerveau. En ce sens, on peut parler d'"avant-rock", comme retour aux origines esthétiques, donc "sensationnelles", du rock. Après l'extrême théorisation musicale du "post-rock" et de ses affidés, au détriment peut-être de la partie la plus humaine de la musique populaire, une certaine ellipse se fait jour, retournant aux sources du rock, les plus primitives et archétypales. Ainsi, David Grubbs revient dans ses derniers albums à un certain classicisme du song-writing et de la musique folk ; Jim O'Rourke compose des albums pops rendant hommage à Burt Bacharach ou Brian Wilson ; The For Carnation construit des blues lancinants autour d'un ou deux accords archaïques et hypnotiques : la tendance générale de l'après "post-rock" se décline autour de la résurgence des formes musicales les plus élémentaires, celles qui sont à la source de toute la musique d'aujourd'hui.

Ainsi, les directions in music ouvertes par Tortoise et le "post-rock" au milieu des années 90 sont multiples et rhyzomatiques, comme la scène elle-même, constituée en réseaux. Deux grandes tendances se dégagent cependant de la création musicale contemporaine : d'un côté la continuation dans le mélange et l'assimilation des genres musicaux (Standards se révèle encore plus influencé par l'electronica et le hip-hop que ses prédécesseurs, la musique électronique intègre des sources sonores de plus en plus diverses et diffuses), d'un autre côté, le désir régressif ou didactique de se confronter aux origines de la musique (le "retour du rock", avec des groupes comme At the drive-in, And you'll know us by the trail of dead, voire Godpspeed, et la "tentation des origines", chez O'Rourke, Grubbs, Red, en France, récemment...). La topologie du paysage musical contemporain se dessine donc encore une fois autour d'un passé à réinvestir et à réinventer, vers un avenir qui semble se dévoiler par bonds et régressions, comme des cycles incertains, des révolutions complètes, l'avenir et le passé se croisant dans un présent toujours fluctuant et mystérieux. La "post-musique" n'aura pas lieu. Ou alors, le silence...

Wilfried Paris











Le post-rock et après ?
Un état des lieux du Post-rock s'impose.




Rock in America
Quelques mots de John Herndon, claviériste de Tortoise.


Doug Mc Combs
Quelques mots de Doug Mc Combs, bassiste de Tortoise.






The magic touch
Rencontre avec David Grubbs, émule du finger-picking.








Les free-lance de Chicago
Interview de Rose Marshall et Howie Kantoff, de Salaryman.













La communauté qui vient
A l'occasion des deux concerts de A Silver Mt Zion, petite exploration guidée du microcosme Constellation.






Interactions
Mise à jour de quelques échanges fructueux entre post-rock et musique électronique.
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Tortoise
Standards


Discographie Post-rock
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