(...) L'absence de leader, de visage phare sur la scène post-rock a constitué la musique comme une somme d'individualités, un mélange d'influences, qui renvoyait peu à peu à une vague idée de communauté, de collectif musical constitué en réseau : ainsi, dans Squirrel Bait, on trouvait David Grubbs, Brian Mac Mahan et Britt Walford. Le premier fondera Bastro avec Bundy K. Brown et John Mac Entire, puis Gastr del Sol avec Jim O'Rourke, tandis que Bundy K. Brown et John Mac Entire iront fonder Tortoise. Brian Mac Mahan et Britt Walford créeront Slint, rejoints par David Pajo, un ami de Will Oldham, leader de Palace. Plus tard, la formation de Slint essaimera dans les Palace Brothers ou King Kong, sans son chanteur Brian Mac Mahan, parti former The For Carnation, groupe dans lequel on retrouvera un temps Doug Mac Combs et David Pajo (Aerial M, Papa M). Tout ce petit monde se retrouve parfois dans le projet Directions in Music (The Dutch harbour). Depuis, David Grubbs a arrêté Gastr del Sol pour une carrière solo qui l'a mené jusqu'en France récemment pour jouer avec les musiciens du label rectangle -la communauté s'élargit-, Jim O'Rourke accomplit un impressionnant travail de producteur pour des artistes aussi divers que Smog, Edith Frost, Stereolab, tout en continuant une carrière solo exploratrice ou populaire, les membres de Tortoise se répartissent en de multiples collaborations (Isotope 217 pour Johnny Herdon, Jeff Parker et Dan Bitney, Brokeback et The Sea & Cake pour Doug Mac Combs, de la production pour Mac Entire), Will Oldham multiplie les projets sous différents noms (Palace, Palace Brothers, Palace songs, Bonnie Prince Billy, Bonnie Billy), témoignant lui-même de l'espèce de schizophrénie boulimique qui motive cette scène protéiforme. On peut citer aussi, dans le désordre, comme membres de ce réseau : Ken Vandermark, Kent Kessler, Rob Mazurek, Jim Baker, Mars Williams, Tim Rutili, Tim Hurley, Josh Abrams, Dave Crawford, dave Pavcovic, Chad Taylor, Bobby Conn, Julie Pommerleau, Michael Krassner, Jef Bishop, Hamid drake, Charles kim, Archer Prewitt, sam Prekop, John Hugues, Tim Mulvena, Rick Rizzo, Mick Turner, Jim White, Edith frost, Ryan Hembrey, Ryan Murphy, Sarah Smith, Dave Rempis, Robert Barry. Et la liste ne serait pas complète sans tous les musiciens du monde entier avec qui la scène de Chicago a collaboré : Doug Scharin, Peter Brotzmann, Chris Brokaw, Sonic Youth, Marcus Popp et Oval, Van Dyke Parks, Mayo Thompson et les Red Krayola, les High Llamas, John Fahey, Catherine Irwin, Tony Conrad, Mats Gustafsson, The Ex, Sasha Frer-Jones, Steven Prina, Loren Mazzacane Conners, Stereolab,, Tom Ze, Mouse on Mars, Quentin Rollet et Noël Akchoté...

De cette pléthore de collaborations et participations se dégage le concept de communauté musicale, qui a sa source dans le passé jazz de la ville (les notions de collectifs et de collaborations sont premièrement issues du jazz : Cf. l'Art Ensemble of Chicago, le Sun Ra Arkestra, Mual Richard Abrams, l'AACM), mais qui correspond également aujourd'hui à la revendication de certaines scènes contemporaines. A Montréal, le collectif Godspeed You Black Emperor défend son idéal de communauté à travers plusieurs groupes affiliés (Fly PanAm, A Silver MT Zion), son label (Constellation), ses lieux de vie (la Casa del Populo, les disquaires), ses fans (voir les innombrables fanzines sur le sujet). La filiation avec le "post-rock" ne semble pas du goût des membres du groupe, cependant, comme la scène de Chicago ou de Cologne (Tawater, To Rococo Rot, Mapstation, etc.), celle de Montréal obéit à une sorte d'incorruptibilité devant la mass-médiatisation et l'industrie du disque, en refusant les interviews et en organisant elle-même la distribution de ses disques (comme ont pu le faire les jeunes labels chicagoans dans les années 90). La communauté qui vient, pour reprendre le concept forgé par le philosophe Giorgio Agamben (La Communauté qui vient, Le Seuil 1990), sera une communauté sans présupposés, sans conditions d'appartenance, une communauté faites d'hommes qui ne revendiquent pas une identité (être français, rouge, musulman), une communauté formée de singularités quelconques, c'est-à-dire parfaitement déterminées, mais sans que jamais un concept ou une propriété puisse leur servir d'identité. Les gens de Montréal et tous ceux qui travaillent à la construction d'une communauté détachée d'un rapport d'utilité à la société occidentale dévoilent ainsi l'être qui vient : ni individuel ni universel, mais quelconque. Singulier, mais sans identité. Défini, mais uniquement dans l'espace vide de l'exemple. Tous nos efforts pour le rattacher à une classe (comme nous tentons de le faire ici) restant lettres mortes. Le post-rock aura sans doute stimulé cette volonté de s'inscrire socialement et artistiquement dans une activité sans compromis identitaire, sans concessions à l'Autre, dont la médiatisation de masses tente de nous faire porter le masque. En ce sens, un relatif apolitisme et un désir d'anonymat chez Tortoise, par exemple, auront généré de véritables vocations politiques et artistiques (qui étaient peut-être dans l'air du temps cependant...) (...)











Le post-rock et après ?
Un état des lieux du Post-rock s'impose.




Rock in America
Quelques mots de John Herndon, claviériste de Tortoise.


Doug Mc Combs
Quelques mots de Doug Mc Combs, bassiste de Tortoise.






The magic touch
Rencontre avec David Grubbs, émule du finger-picking.








Les free-lance de Chicago
Interview de Rose Marshall et Howie Kantoff, de Salaryman.













La communauté qui vient
A l'occasion des deux concerts de A Silver Mt Zion, petite exploration guidée du microcosme Constellation.






Interactions
Mise à jour de quelques échanges fructueux entre post-rock et musique électronique.
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