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Robert Schumann : Widmung op.25 n°1, Der Nussbaum op.25 n°3, Lust der Sturmnacht op.35n°1, Dein Angesicht op.127 n°2, Die Kartenlegerin op.31 n°2, Die Meerfee op.125 n°1, Stille Liebe op.35 n°8, Volksliedchen op.51 n°2, Rose, Meer und Sonne op.37 n°9, Mein schönes Stern op.101 n°4, Mignon op.79 n°29

Claude Debussy : Nuit d’étoiles, Fleur des blés, Beau soir, La Belle au bois dormant, Fêtes Galantes 1 (« En sourdine, Fantoches, Clair de lune »), Air de Lia extrait de l’Enfant Prodigue

Véronique Gens a commencé dans le baroque avec William Christie et a connu la gloire grâce au rôle de Donna Elvire dans Don Giovanni de Mozart. Ainsi, elle a chanté Elvire l’année dernière au festival d’Aix-en-Provence sous la direction de « magic » Claudio Abbado (ou du fougueux Daniel Harding) et de Peter Brook (qui avait signé une mise en scène très minimaliste). Or, hasard du calendrier !, le même soir que son récital de mélodies avait lieu la première de Don Giovanni à l’Opéra-Bastille avec une distribution-choc dans laquelle elle ne figure pas. La stratégie n’était pas forcément la meilleure pour remplir une salle (salle pourtant pas très grande mais très agréable) ; en revanche, comme il s’agissait pour elle de se lancer dans un répertoire nouveau, faire cela de façon un peu confidentielle n’était pas totalement absurde. D’autant qu’elle a encore des progrès à faire.

Que ce soit clair, on aime beaucoup Véronique Gens et on ne doute pas un seul instant de son talent. Mais avouons que les lieder de Schumann ne sont pas encore tout à fait à sa portée musicale. Sa voix ne colle pas toujours au texte et il lui manque cette chaleur-vocale-du lyrisme-romantique allemand. Roger Vignoles (qui, comme son nom ne l’indique pas, est anglais) lui fait certes profiter de son expérience d’accompagnateur (il a accompagné Brigitte Fassbaender, schumanienne de renom), mais tout sonne de façon assez plate.

Les mélodies de Debussy sont d’un niveau supérieur, encore qu’il ne faille pas exagérer non plus. Forcément la prosodie est bonne, la voix, très « french touch », sonne juste. Si elle montre des qualités incontestables de présence et de prestance, elle ne semble pas toujours à l’aise. Mais il y a eu ce moment de grâce où elle s’est plantée comme une débutante ; trop d’impatience et elle a bouffé deux mesures dans Clair de lune. Elle a porté ses mains à la tête, a été confondue. Humanité quand tu nous tiens ! On sentait presque qu’elle voulait s’excuser alors qu’il y avait juste là la manifestation d’une interprète qui débutait, qui découvrait sa voix, pourrait-on dire sans mauvais jeu de mots. Si évidemment on n’attend pas encore de miracle dans les Nuits d’été de Berlioz qu’elle chante depuis cette année un peu partout en France, on lui fait confiance pour évoluer, progresser. En espérant que les producteurs et les critiques ne l’auront pas condamnée trop vite.

Véronique Gens a enregistré un disque d’airs de Haendel grâce au mécénat de France Telecom, très actif en ce qui concerne la musique lyrique. Remarquons juste que les voix (re)deviennent les stars du classique (et non plus les virtuoses, on n’aime plus cela ; il nous faut de l’humain, alors évidemment la voix !). On ne compte plus le nombre de récitals, d’enregistrements qui cartonnent avec Bryn Terfel ou Cecilia Bartoli. Enfin, mentionnons que les prix ont augmenté de façon indécente au Festival d’Aix pour Don Giovanni, où on retrouvera la même équipe (ou presque) que l’année précédente.

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