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Le choix du thème du mois de la photo est cette année on ne peut plus provocant, paradoxal. A l’instigation, semble-t-il, de Bernard Lamarche-Vadel (commissaire d’une exposition proposée par la Maison Européenne de la Photo), l’actualité photographique s’articule en effet autour du thème de « l’enfermement « .
Quand la photographie ouvre le champ de l’œuvre d’art à « l’ébranlement de l’immense dehors »*, fenêtre ouverte sur le monde, elle est invitée à dire l’enfermement. Aporie ? Contradiction sans solution ?
Peut-être pas. Depuis que la photographie s’est affranchie des règles de représentation qui tendaient à ne voir dans ce médium qu’un séide du réalisme dans les arts, depuis qu’elle s’est ouverte par exemple à l’abstraction, la photographie a démontré qu’elle était à même de rendre compte d’un certain regard sur le monde, qu’elle n’était pas la réalité (ce concept si triste).
Il n’est pas de représentation « idéologiquement » neutre -cela les années 70 l’ont redit à satiété- et la photographie, comme n’importe quelle forme d’art, est capable de faire un retour sur elle-même et d’interroger le regard ; ce qui gît au fond de représentations insignifiantes, en fait chargées de quantité d’à priori qui structurent et conditionnent notre façon d’aborder les objets, les gens qui sont autour de nous. Peut-être est-ce là une des interprétations possibles des œuvres de Holger Trülzsch et du dispositif mis en place par lui à la galerie Michèle Chomette.
Reprenant des photographies de ses travaux antérieurs (notamment sur Marseille), il les présente sous un jour nouveau. De grandes constructions géométriques, élaborées d’abord sur le papier, ont été ensuite reproduites sur les tirages eux-mêmes. Si l’on entre plus avant dans les œuvres proposées on se rend compte que sur ces vues panoramiques « séquencées », les constructions géométriques ne sont pas d’un seul tenant mais au contraire découpées exactement comme s’il s’agissait d’une forme qui serait vue au travers du prisme d’un objectif photographique. Ce découpage suggère que l’enfermement n’est pas tant inhérent aux choses qu’au regard que l’on pose sur elles. Quoi de plus provoquant ? Devant ces photos nous sommes obligés d’interroger notre propre capacité à nous affranchir de ces espaces dans lesquels chaque jour nous nous enfermons un peu plus. Quoi de plus provocant ? Et par conséquent, quoi de plus fascinant !
L’exposition de d’Holger Trülzsch permet également de découvrir les très belles photographies de Laurent Millet.

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