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Situé au bord du canal, dans le parc de la Villette, le Cabaret Sauvage fournit un écrin aussi précieux qu’intimiste, façon cirque en bois début de siècle, au showcase de Suede, en pleine tournée promo pour son nouvel album, Head music. Devant un public mi-garçonnes conquises d’avance, mi-journalistes et employés de maisons de disques en quête de tickets de boisson, le quintette -où Alex Lee de Strangelove remplace temporairement aux claviers et à la seconde guitare Neil Codling, indisposé- la joue minimaliste, sans effets visuels. En t-shirt noir « Black Hills », Brett Anderson parle peu, sautille parfois, allume une cigarette de temps à autre, et déploie son charisme naturel.

Le répertoire, à commencer par Can’t get enough, rejeton naturel de I’m a man du Spencer Davis Group et du Bolan boogie, puise largement dans Head music, en alternant les tubes annoncés comme Electricity, le très glam Elephant man, He’s gone, ballade à la Bowie sur les traces de Beautiful ones, ou encore le groovy Savoir faire, et morceaux plus atmosphériques chatouillant le fantôme du premier Roxy Music, à l’image de Everything will flow, Indian strings et Down, prétexte au plus beau solo de la soirée pour Richard Oakes, tirant des sons à la Robert Fripp de sa Fender Jazzmaster caressée au E-bow.

Malins, les Suede n’oublient pas de relancer régulièrement la machine en distillant à point nommé les nombreux hits de Coming up, provoquant des flambées de pogo sur Trash et Beautiful ones (!), pour conclure en douceur et en rappel avec Saturday night. Assurément plus fins que les beaufs d’Oasis, Brett Anderson et ses complices, s’ils ne révolutionnent toujours rien, incarnent avec une réelle élégance une certaine idée du rock anglais. Leur cocktail de glam et de music-hall (un côté rengaines, assumé et jouissif), de légèreté et d’emphase, est, plus que jamais, dosé de main de maître.

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