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Deux générations – et deux écoles- de violonistes géniaux, le même mois, à Paris. Perlman, Repin, et bientôt Vengerov : quelle saison !

Il fallait voir Pleyel, l’autre soir, réserver une bouleversante standing ovation à Itzhak Perlman, qui, malgré tous les petits nouveaux revendiquant aujourd’hui le trône des violonistes, venait de rappeler qu’on pourrait encore longtemps compter sur lui pour faire vibrer son archet souverain. Quel artiste, quelle générosité et quel brio inoui! Après une charmante mise en doigts dans la sonate en fa majeur K.377 de Mozart, difficile, vraiment, de retenir ses larmes à l’ouverture de la Fantaisie en ut majeur de Schubert. Au piano aérien et infiniment délicat de Bruno Canino répond le violon tendu et recueilli de Perlman. Rigueur et lyrisme comme rarement mis en accord, puis exacerbation des sentiments, voix des deux solistes mêlées, rythme, virtuosité finale ébouriffante… pour avoir entendu au Châtelet, dans la même -et sublime- oeuvre, le duo démonstratif et bruyant Kremer/Afanassief, on peut dire que c’est comme ça, et pas autrement, que l’on aime notre Schubert. Intense et léger, subtil, enchanteur.
On en attendait que plus encore la Kreutzer. Elle fut extraordinaire. La complicité absolue entre les deux musiciens était, là encore, belle à entendre : pianisme admirable de simplicité, plénitude sonore d’un violon conquérant et électrisant… du Beethoven de haut vol, d’un classicisme qui, donné ainsi à entendre, touche à la perfection.
Il y eut quatre bis -qui, aujourd’hui, donne encore autant à son public ?-, mais il y eut pu en avoir douze : pas le moindre détachement dans l’archet de Perlman, bien au contraire, une virtuosité vertigineuse dans La ronde des lutins de Bazzini ! Quelle soirée !

Et justement, ayant entendu, quelques jours avant, l’un de ces fameux prétendants au trône, on se dit que la relève pour le siècle prochain est d’ores et déjà pleinement assurée. Avant Maxim Vengerov (le 26 novembre, Pleyel) dans, notamment, la… Kreutzer, son ex correligionnaire Vadim Repin -tous deux furent les élèves de Zakhar Bron- faisait enfin sa rentrée parisienne. Le petit problème de doigt coupé était manifestement oublié, car dans le concerto de Brahms, il fut prodigieux de lyrisme et de fulgurance.
Sûreté de la ligne, du vibrato, Repin parvient à donner de cette oeuvre admirable une lecture à la fois lumineuse et intérieure, vibrante (quelle maîtrise !) et terriblement intelligente. Marek Janowski souffrant, c’est le directeur artistique et musical du Teatro Real de Madrid, Garcia Navarro, qui, à la tête du Philhar’ de radio France, accompagnait le jeune Russe : autant dire que c’est bien ce dernier, ce soir-là, qui menait la danse, faisant résonner à travers son Stradivarius « Ruby » un certain idéal brahmsien, d’équilibre, de pureté et de vélocité. A 26 ans, Repin est d’ores et déjà au firmament, et cela ne fait que commencer : ah les beaux lendemains !

Actualité discographique pour Vengerov et Repin. Le premier retrouve Rostropovitch et le LSO pour les concertos n°2 de Prokofiev et Shostakovich (Teldec): comme il y a deux ans, dans les concertos n°1, Vengerov est lyrique, extraverti, magnifique, mais quel accompagnement plan-plan ! Quant à Repin, dans les piano trios de Tchaikovsky et Shostakovich (n°2), il est également admirable, mais l’entourage -Berezovsky et Yablonsky- est un peu tapageur.

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