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Quelle œuvre ! Nous nous retrouvons dès le début de l’exposition avec Le monde des gueux. Aussi bien avec Le mangeur de pois, que La rixe des musiciens, le spectateur est surtout frappé par la grande minutie dans la description des milieux, surtout populaires, qui en deviennent parfois sordides. Les regards sont menaçants, vicieux et ils expriment surtout un monde dur et violent aussi bien physiquement que moralement. Les yeux sont là pour exprimer le désarroi des personnages.

L’éclairage très particulier de La Tour lui permet de traiter les scènes de la vie quotidienne d’une manière extrêmement objective et impitoyable, à la limite de l’état clinique. Il souligne les rides, révèle les détails des corps meurtris par le temps et les conditions de vie. Ici le but n’est pas de faire du beau mais de révéler à la lumière du tableau les tréfonds de l’âme humaine.

C’est l’extrême précision des lignes qui marque dans cette peinture, la géométrie, les plis des vêtements, l’expression des visages dans sa version brute, sans fioritures…

Puis vient le ou plutôt les tableaux du Tricheur. Car La Tour en a sorti plusieurs versions légèrement modifiées, comme s’il avait envie de refaire plusieurs exécutions, à la demande de ses amis peut-être. Avec le tableau La diseuse de bonne aventure on souligne encore une fois le jeu du contraste : celui entre la belle jeunesse qui est piégée et la victoire des blasés et de ceux que la vie n’a pas gâtés… Encore une fois le jeu de regards est fulgurant. Il exprime ainsi toute la psychologie des personnages. Avec La Tour, les yeux retrouvent leur vocation à être comme une fenêtre sur l’âme. C’est décidément ce tableau qui réalise la mieux la synthèse des œuvres de La Tour car il incarne plusieurs symboliques de La Tour, comme l’hyper réalisme des traits, l’expression du visage même dans sa laideur extrême et enfin l’utilisation de toutes sortes de contrastes, comme les rayons de lumière au milieu de l’obscurité, les contrastes entre la jeunesse et la vieillesse, la beauté et la laideur…

On n’aura rien dit de ce peintre si on n’a pas évoqué les scènes nocturnes qu’il a commencé à réaliser à partir de 1630, parmi lesquelles de nombreux tableaux représentant des personnages religieux. Comment rester indifférent devant L’éducation de la vierge ou Le nouveau-né où le style unique du peintre apparaît dans sa plus merveilleuse perfection ? La lumière directe provenant d’une seule source éclaire les personnages et révèle encore davantage la dimension de leur mystère.

Enfin, je ne terminerai pas cette note sans vous parler du tableau La découverte du corps de St Alexis. En dehors du fait qu’il représente mon saint protecteur, il raconte surtout l’histoire de ce jeune noble romain qui décide de partir loin de tout vivre dans la piété et la pauvreté. Un jour il revient chez lui sans révéler son identité. Il vivra 17 ans sous l’escalier de sa maison natale. C’est un jeune page qui découvre son corps éteint et une lettre racontant sa vie. Ce tableau nous fait entrer dans « un dialogue silencieux entre l’homme qui a longuement vécu et l’enfant au visage de lumière ». Alexis est étendu, apaisé comme le Christ alors que l’enfant découvre avec respect mais sans effroi le mystère de cet homme et à travers lui le mystère de l’existence.

N’est ce pas ce qui symbolise le plus ce peintre mystérieux jusque là trop méconnu ?

Alexis-Vinh Bui-Quang

Au Grand-Palais, jusqu’au 26 janvier
3, av. du général Eisenhower Square Jean Perrin, Paris 8e
Tel : 01 44 13 17 17
Sauf le mardi, nocturne le mercredi

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