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Sur la place d’Abidjan, les rumeurs vont bon train au sujet d’Alpha Blondy. Les questions gênantes à son égard… surtout. Le géant longtemps adulé du reggae africain serait devenu un gentil businessman aux griffes peu communes avec celles de ses anciens condisciples du monde de Jah. Babylone l’aurait soumis à des principes qu’il a lui-même honnis jadis. Info ou intox ? Il faudra lui poser la question un de ces jours.

En attendant, la scène ivoirienne se console en nous prêtant son joyau du moment en matière de vibrations rastafari. Il s’agit de Tiken Jah Fakoly. Il représente la relève en cas de défaillance de la vieille garde incarnée par l’aîné Blondy. Ses compositions rappellent la fureur contenue dans le Jah glory signé par ce dernier au début des années 80. Enfant de griots, Tiken a gardé de la tradition ancestrale le don de raconter. Des classiques du patrimoine reggae, il a chopé la fibre rebelle. Il en résulte des textes d’une vérité crue et sans retenue sur le monde en crise qui l’entoure. Le message est radicalement simple. L’Afrique bouge, ses enfants avec. Plus question de se laisser mener en bateau : « Allez dire aux hommes politiques / Qu’ils enlèvent nos noms dans leurs business / On a tout compris ». L’artiste fait preuve néanmoins d’une grande lucidité qui effraie: « J’ai le sentiment de prêcher nuit et jour dans un désert / j’ai boycotté, j’ai crié, on a dénoncé / Rien à changé ».

Cet album est sorti il y a plus de deux ans sous format K7, avec un succès inimaginable pour un jeune artiste dans toute l’Afrique de l’Ouest. Il a fallu malgré tout beaucoup de piratage et de galères avant qu’il n’arrive remasterisé avec un son légèrement boosté dans les bacs français, et sous label Sony. Le prochain est déjà en cours d’enregistrement : Tiken est actuellement parti en Jamaïque où il va enregistrer avec Clive Hunt à ses côtés.

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