4
sur 5

Acoustic Bikutsi à la sauce world. Le fameux rythme du peuple Béti, rendu célèbre depuis plus de dix ans par le tempo rock des Têtes Brûlées, un moment aspiré par la nébuleuse généreuse de Paul Simon sur le morceau Rythm of the saints, nous remet Sally en selle dans sa longue quête vers un ailleurs musical, probablement écartelé entre la forêt équatoriale et la jungle urbaine sur un fond de mélanges et de trafics de sons annonciateur du troisième millénaire. Telle nous paraît être sa musique, en tous cas. Fidèle à une tradition d’hier, avec un son d’aujourd’hui, qui nous initie contre un futur très mouvementé. Un tribal trip à la mode parisienne, mais qui ne perd pas son âme en somme.
A travers sa musique, l’ancienne Zap Mama, longtemps connue pour ses excellentes performances au choeur (Higelin, Sixun, Touré Kunda…), s’interroge sur ses racines plurielles et singulières à la fois. Elle, l’enfant d’Eyen-Meyong (au Sud Cameroun), qui eut la chance de naître sous la bonne étoile d’une tante au chant de griotte inimitable tellement elle était armée de poésie et d’humour dans la voix, aujourd’hui propulsée sur les scènes du monde sans autre armure que cet univers d’histoires multiples qu’elle tisse autour des destinées humaines à travers chacune de ses chansons. Des chansons, qui peuvent en plus bénéficier de son feeling entraînant, servi au final par une rythmique toujours haletante, même lorsqu’elle s’affirme sereine et douce, qui parle certes beaucoup de l’Afrique mais aussi… du Monde dans sa globalité. Quand les notes s’alignent chez Sally Nyolo, quand sa tribu de musicos reconvertis un temps en guérisseurs se lâche sur ses compos, le mélomane a dû mal à se retenir… de bonheur. C’est vrai que Multiculti, comme le précédent album, rappelle un peu les tribulations mélodieuses à fort accent vocal de ces anciennes copines Zap Mama. Mais cela ne nuit en rien à la fête à laquelle on nous convie ici. Surtout que la camerounaise pousse vraiment l’expérience à sa manière, c’est-à-dire toujours plus loin. Quoi qu’on en dise…

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