3
sur 5

En 1989, Ed Handley, Andy Turner et Ken Downie forment le collectif Black Dog Productions. Sous le nom de Black Dog, le groupe sort trois albums : Bytes et Spanners sur Warp, Temple of transparent balls sur GPR. En 1995, ils se séparent. Handley et Turner continuent sous le nom de Plaid (tissu écossais qu’on met sur les sièges de R16), Downie sous celui de The Black Dog (album Music for adverts – 1996). Le premier album de Plaid, sorti en 1991, s’intitulait Mbuki mvuki, phrase Bantu signifiant « Danse si fort que tes vêtements tombent ». Après quelques titres sortis sur Clear (label qui tente avec plus ou moins de bonheur mais toujours avec humour de ré-inventer l’électro), le duo accompagne Björk pendant plusieurs mois sur sa tournée mondiale, jouant avec et avant elle. Il n’est donc pas étonnant de retrouver l’islandaise, ainsi que Nicolette, qu’ils avaient remixé, sur ce Not for threes, premier album sur Warp, dont il se dégage une troublante impression de malaise.
S’il fallait donner des repères, on évoquerait une rencontre entre les frères Hartnoll (Orbital) et Vini Reilly, et, bien sûr, on serait loin du compte. Il y a en effet quelque chose d’insaisissable dans cette musique, auquel ses brusques ruptures de tons ne sont pas étrangères. L’ensemble est évidemment très travaillé, tant au niveau du son que des compositions (parfois proches de celles de Richard Kirk, ex-Cabaret Voltaire), et il n’est pas simple de pénétrer dans cet univers de sculptures sonores délicates et perverses. A l’inverse de leurs confrères Aphex Twin ou Autechre, il y a chez Plaid une gravité latente, une inquiétude trouble qui dérange. Les mélodies fusent et s’éclipsent (on entend de très belles parties de guitares, de piano, de violon ou d’accordéon), les rythmes s’avancent, s’imposent puis reculent à l’image du délire fiévreux d’un malade. Avec ce disque, Plaid nous fait découvrir une face insoupçonnée de la musique électronique, à la fois terriblement humaine (ce qui devrait attirer un public non coutumier de la techno) et clinique, touchante et dangereuse comme une créature fruste qui tenterait maladroitement de se faire aimer…

PARTAGER
Article précédentAphex Twin – Come to daddy
Prochain articleRiven