4
sur 5

Un nouvel album des frères Hartnoll est toujours un événement. Au long des années, ils ont su développer un style de musique électronique entièrement personnel, qui n’a pas ou presque d’équivalent. Leur première période, « early techno », s’affirme avec les albums vert (1991) et marron (1993) qui ont établi leur réputation de faiseurs de tubes de rave, à la fois minimalistes, mélodiques et dansants (Chime, Belfast, The Moebius, Halcyon, Lush, pour n’en citer que quelques-uns).

Lassés, ils expérimentent une « néo-techno » plus aventureuse avec Snivilisation (1994), plutôt inégal et surtout Insides (1996), leur premier chef-d’œuvre, sorti la même année que l’autre chef-d’œuvre de l’autre duo, Advance de LFO. A tous points de vue, Insides marque un changement radical de style : morceaux longs, avec des voix, proches de thèmes de films, il marque l’apogée du groupe et reste à ce jour leur meilleur disque, le plus troublant et le plus aérien.

Le duo se lâche ensuite et se permet toutes les expérimentations, au risque de déconcerter les fans. C’est dans cette période récente qu’ils laissent entrevoir très clairement leurs influences, bien plus issues du rock que de la techno. En 1999, avec The Middle of nowhere, ils surprennent tout le monde avec des morceaux-chansons, la plupart chantés (notamment par Alison Goldfrapp). Le divorce avec les fans techno de base est consommé.

On trouve de tout dans The Altogether : des morceaux « rock » comme Tension, construit à partir des samples de rock garage de surfin’bird et The Crusher (!) par les Banamen, Tootled, avec sa rythmique chétive et ses samples de guitares de Tool (groupe US aussi repris par les Melvins) et Crass (!!) ou encore Waving not drowning, jerk hystérique à la guitare acoustique. La variété des samples (de Ian Dury à Beaver & Krause, en passant par Merrel Frankhauser, grand prêtre de la musique psychédélique) montre bien que le duo est ouvert à d’autres mondes. L’album contient quelques perles mélodiques, tel le single Funny Break, magnifique, chanté par Naomi Bedford, Pay per view, poésie nocturne et urbaine ou Shadows, beau et triste. Ailleurs, la patte mélancolique du duo est présente dans des classiques en puissance, tels Last thing (du pur Orbital) ou Illuminate (malheureusement gâché par la voix virile de David Gray). Il faut dire qu’entre les samples de cornemuse filtrée sur The Middle of nowhere et la mélodie quasiment d’hymne national sur Doctor ? rien ne leur fait peur… Seul clin d’oeil à la techno : Oi !, qui, avec son titre, et sa sonorité Kevin Saunderson circa 1988, ne manque ni d’ironie ni d’efficacité. Le disque se termine par Meltdown, longue fresque spécialement composée pour le festival du South Bank Centre organisé par leur idole Scott Walker (la version complète de 17 minutes est présente sur le DVD).

En 1975, Orbital aurait fait un mélange de prog-space-kraut-rock avec une touche de Canterbury sound et de rockabilly… Aujourd’hui, The Altogether est un disque brillant et inspiré, construit sur des compositions solides et très personnelles. Après plus de 10 ans de carrière, le groupe prend plus de risque que jamais et devient de plus en plus intéressant. A condition d’ouvrir les oreilles, on peut découvrir avec Orbital un univers musical en pleine évolution, bien éloigné des recettes et clichés de la techno, expérimentale ou pas.

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