4
sur 5

Le lieu de rencontre artistique de Markus Popp d’Oval et Jan St Werner de Mouse on Mars/Lithops est depuis longtemps (Init Dining, le premier album, date de 1996) une référence des nouvelles musiques électroniques fracturées et aventureuses.

Loin de se limiter à une rencontre de maîtres-ténors de la musique électronique allemande, l’entité Microstoria est avant tout un lieu d’échange qui n’a que peu à voir avec les univers respectifs des deux musiciens. Autant dire donc que, au delà d’un principe de fonctionnement (dysfonctionnement?) presque conceptuel -une musique de pure post-production informatique basé sur des échanges d’ordinateur à ordinateur improvisés- la déterritorialisation est totale. Sans surprises, Model3, Step2 reprend les choses exactement là où _snd, album de 1998, les avait laissées, loin de toute considération d’actualité, de toute nouveauté. Microstoria, quasi imperturbables, poursuivent leur chemin discret, et oublient que, contrairement à l’époque d’Init Dining et _snd, la musique qu’ils ont contribué à créer est devenue beaucoup plus pratiquée.

On retrouve donc tous les affects et détails particuliers à la musique de Microstoria, toujours fidèle au nom évocateur du projet : des micro-évènements à peine agencés qui racontent de magnifiques micro-histoires, sans pathos, sans gigantisme. Avec des moyens très simples, une voix calme et posée, Microstoria raconte l’intime, le quotidien, et bouscule les conventions musicales en douceur, sans prétendre à une quelconque révolution, comme c’est si souvent le cas en musique électronique. Et là, Microstoria se place loin devant : les sons acoustiques (guitare, glockenspiel) sont fracturés, disséminés, concassés puis filtrés, transformés an plateaux non-signifiants de tonalités résonantes que les deux compères s’amusent à se faire chevaucher, rencontrer de plein fouet, dynamiter de l’intérieur. Les objets sonores en résultant sont autant de masses de sons accidentées, aux surfaces granuleuses et pleines d’aspérités où de violentes fractures (craquements, cliquetis), des trous en forme de séquences infrabasses, des pics de sons aléatoires sont les remous inattendus d’un univers presque matériel et spatial.

Loin au dessus des autres, quelque part en suspension, la cellule d’intervention Microstoria fabrique toujours la même musique, certes. Un conseil à ceux qui ne savent pas différencier en musique électronique expérimentale le bon du foutage du gueule, Microstoria propose un point de repère salvateur.

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