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3
sur 5

Anthony Reynolds, gallois maladif, génie pop à l’audience malheureuse, est l’auteur de deux grands disques, Pioneer soundtracks en 1996, produit par Peter Walsh (Scott Walker), et White jazz (bien vu) en 1998, sans oublier quelques EP’s précieux disséminés sur plusieurs labels qui ont fait acte de mécène (au sens noble du terme) en accueillant ce migrateur blessé et chassé des grands circuits de navigation. Aujourd’hui il échoue dans l’alcôve espagnole d’Acuarela (Migala), ce qui n’est pas si étonnant si l’on veut bien se souvenir du premier visuel de Jack (il était costumé en torero camé sur la pochette de Pioneer soundtracks). Reynolds revient aujourd’hui dans l’arène, et nous donne un petit bulletin de santé (cinq morceaux) La Belle et la Discothèque en demi-teinte : le moral dans les chaussettes mais le pedigree intact.

Bancal et fiévreux, Anthony Reynolds semble dans une phase de régression chronologique. Prenons cela comme une thérapie « génétique » car il clone d’emblée, avec une morgue naturelle, le Velvet avec l’aride Disco-café-society (que l’on retrouve deux fois sur « l’album », étrangeté) et qui reproduit deux accords inimitables (celui que Loulou nous repasse à chaque fois) avec le petit son « daté », proche de la maquette. Cette mise en bouche charmante se charge sur le mode dramatique avec Sometimes, une ballade sans joie (pas le style de la maison, on le savait) qui sonne comme un morceau de soul chauffée à blanc et qui gravit une pente dont le sommet s’atteint avec Bachelor in London, un manifeste bowien de la belle époque (72-76) qui ne pastiche pas le Thin White Duke mais incarne plutôt son esprit (une belle correspondance entre Supermen pour la chute et Station to station pour la progression). Bachelor in London est magnifique, adulte et trop beau pour être vrai. Mais Reynolds nous plante là, non sans clore ces retrouvailles avec un chant de fin soirée (pour la gueule de bois) que Morrissey aurait pu signer (Whilst high, I had this premonition). Tout cela, dans l’attente du fameux troisième album. Celui qui, il faut l’espérer, permettra à Jack de trouver son rang, entre Tindersticks et Bluetones. Une classe comme celle-ci ne doit plus supporter l’indifférence.