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Il n’y a pas que la gauche qui soit « plurielle ». La musique, sans doute, ne l’a jamais autant été. Impossible de passer en revue tous les courants qui coexistent. Dans une indifférence relative. Ne parlons des musiques dites populaires ou du monde. L’art officiel occidental (ou savant) classe avec orgueil les compositeurs de chaque génération. Où en sommes-nous ? dans l’ère spectrale (deuxième manière), la nouvelle complexité, les musiques néo-tonales, minimalistes, concrètes (pardon acousmatiques), les nouveaux romantiques… ? Chaque chef d’école invente un vocabulaire (pas toujours une grammaire), reconnaît la paternité d’une figure mythique (un philosophe peut faire l’affaire)…. Bref, à chacun sa chapelle, les siècles prochains reconnaîtront les leurs.

Et Guy Sacre ? Un compositeur de plus, hors du sérail, dont la liberté d’expression pourrait inquiéter. Sans son travail original et titanesque d’écrivain (on lui doit l’encyclopédie de la musique pour piano) et un premier disque d’œuvres pour piano justement, il serait le plus anonyme des artistes d’aujourd’hui. A 52 ans, il n’appartient à aucune famille, et pour son plus grand malheur choisit de composer de très sobres mélodies dans un style classique, que n’auraient pas reniées Maurice Ravel ou Henri Duparc.

Nous voici dans la lignée de la plus pure mélodie française, avec ses poètes, Apollinaire, Claudel, Cocteau, Desnos, Eluard et même Verlaine. Le texte est magnifié, parfaitement lisible, chaque épisode construit avec intelligence. Et visiblement, les deux jeunes chanteurs, la mezzo Florence Katz et le baryton Jean-François Gardeil, qui distillent ces grands vers, prennent un vrai plaisir. Ils sont soutenus, accompagnés au meilleur sens du terme, par leur aîné Billy Eidi. Avec Noèl Lee et Jeff Cohen, il est en France l’un des pianistes les plus recherchés par les chanteurs. Trois artistes au service d’une musique dont le sens de l’à-propos, du figuralisme musical, le refus des effets faciles renvoient à l’art de Francis Poulenc. En l’an 2000, c’est pas très moderne, mais l’honnêteté reste, en art aussi, une vertu.