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Les grandes traditions musicales sont faites pour se perpétuer dans le temps. Elles doivent cependant être bousculées, renouvelées, enrichies pour rester aussi vivantes qu’elles l’étaient à l’origine. Les puristes certes n’apprécient pas cette douloureuse profession de foi qui fait la grandeur des nouveaux talents. Mais elle représente le génie des hommes et la modernité des temps à venir. Un état d’esprit qui a probablement inspiré le travail d’El Sikameya, une formation que dirige le sémillant Akim Ben Habib. Issu du prestigieux « Nassim El-Andalous », ensemble qui lui a donné à la fois une solide formation musicale et une excellente maîtrise du répertoire arabo-andalou algérien (école de Tlemcen), ce jeune compositeur et arrangeur oranais s’est installé avec ses idées de croisements sonores, sa voix de tête et son violon dans la cité phocéenne en 94.

Son principal credo : se réapproprier la tradition dite arabo-andalouse, née au départ de la rencontre dans le sud de l’Espagne entre les musiques arabes, espagnoles et juives séfarades, d’une façon plus actuelle, en lui insufflant du jazz, du flamenco ou encore une touche tzigane. Pas d’esprit sacrilège, plutôt l’envie de faire évoluer le genre. Guitares, oud, violon, percus, basse et clavier… le chant de l’oranais s’élève plein d’émotions. Une musique de virtuose. Un son qui invite à la pluralité et à la tolérance. Un premier album qui puise dans le classique et le populaire d’une culture qui a toujours célébré la rencontre avec l’Autre. Au XIVe et XVe siècles, lorsque les musulmans, les chrétiens, les juifs cohabitaient dans un coin d’Espagne (l’ère d’Al-Andalous), les créateurs, qu’ils soient poètes, philosophes ou compositeurs, s’enrichissaient mutuellement et sans barrières. A Marseille, Akim Ben Habib pense y avoir rencontré le même état d’esprit. D’où ce nouvel élan dans la tradition… qui défie les puristes. Surprenant et envoûtant. A écouter sans tarder.

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