4
sur 5

Qu’il se prête au jeu du blindfold test ou qu’il se lance en toute connaissance de cause, il faudra environ dix secondes au mélomane de bonne foi pour admettre que le rythme qui coule ici ne se rencontre qu’assez rarement. Monsieur Eddy a donné à ce nouvel album pour le label Dreyfus Jazz, très attendu, le titre du premier morceau, Sentimental feeling : un thème d’une simplicité essentielle, brute, taillé dans le chêne, joué sans aucune fioriture superfétatoire par un trio de musiciens dont les cœurs battent d’une même pulsation. Paco Séry y donne le tempo, rien que le tempo, avec un son extrêmement mat ; Julio Rakotonanahary, à la basse électrique, trace avec détermination et rigueur la route de l’organiste mélodiste, qui plaque les accords en fond, sur son piano. Trois des neuf titres de cet album sont ainsi joués en trio, les autres faisant intervenir la célèbre fanfare (quarante musiciens) qui fit les belles heures du Multicolor Feeling : le groove n’en souffre en rien, bien au contraire ! Les arrangements exploitent à merveille les effets de masse et de couleurs, le mixage restituant au mieux l’équilibre entre le trio, les cuivres et, sur trois morceaux, les solistes Daniel Huck (alto) et Xavier Cobo (ténor). Outre les découvertes, on retrouve avec un immense plaisir des compositions plus ou moins connues : la mélodie chaloupée de Célestin (seule reprise du disque, que l’organiste avait joué sur Sang mêlé), qu’on retrouvera vraisemblablement sur beaucoup de lèvres – avec un fabuleux Paco Séry ; High life, que la fanfare avait joué au festival Banlieues Bleues…
Notons aussi un étonnant Cahin-caha, audacieuse acrobatie rythmique, et un magnifique Le destin, dédié à Michel Petrucciani, lente avancée vers un dénouement nostalgique. Blues, funk, Caraïbes et chansons : une musique en arc-en-ciel qui fait claquer des doigts. Louiss attaque !

1) Sentimental feeling (Eddy Louiss) – 2) Le destin (Eddy Louiss) – 3) Cahin-caha (Eddy Louiss) – 4) Blind man (Eddy Louiss) – 5) La scorpionne (Eddy Louiss) – 6) Insomnie (Eddy Louiss) – 7) High life (Eddy Louiss) – 8) Célestin (Marthe Alessandrini & Albert Lirvat) – 9) Enlacés (Eddy Louiss)

Eddy Louiss (org, p), Julio Rakotonanahary (elb), Paco Séry (dm) + fanfare de 40 musiciens (solistes : Daniel Huck (as) et Xavier Cobo (ts, fl).
Enregistré au studio Ferber (Paris) du 28 novembre au 2 décembre 1998

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