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4
sur 5

Don Nino est le projet solo de Nicolas Laureau, membre du groupe post-punk parisien Prohibition (avant dissolution) et du projet instrumental qui lui a succédé, NLF3. En marge de ses activités en groupe, Don Nino composait en solo des chansons introspectives ou contemplatives, désormais couchées sur bande. Curieuse rencontre de post-rock tropicaliste et de psychédélisme minimal, Real seasons make reasons est un disque marquant, entre plongée en apnée et road movie cinémascopique.

Dans un registre folk (omniprésence de la guitare acoustique, souvent « pickée » à la John Fahey), Don Nino construit chaque titre comme une aventure intérieure, mélangeant pop déstructurée et ambiances bossa douce-amères (Few seconds a day, I’m the weathercock) ou jazz (Falling trees, Southern sister). Le mélange d’instruments acoustiques et électroniques, soutenu par de chaleureuses nappes d’orgues ou d’harmonium et une voix nonchalante mais précise, donne une saveur psychédélique à des chansons progressives ou déconstruites, peu enclines au format couplet-refrain, oscillant entre Afro-beat blanc et Pink Floyd exotisé, intimistes et baroques à la fois.

Identité musicale fondée sur une histoire singulière et multi-pistes, Don Nino invoque au dessus de son berceau des parrains aussi lumineux que David Grubbs (le jeu de guitare en picking, le travail du silence et des points de suspensions (d’interrogation ?), quoiqu’on soit ici plus proche du Gastr del Sol duo que du Grubbs solo), Arto Lindsay (le sens de l’ellipse et de la retenue, du contrepoint et du flegme brésilien, avec les petites charley electro et la guitare répétitive de I’m the weather cock), Syd Barrett sur We all look the same ( les changements d’accords, les voix doublées, les nappes d’orgues mineures), conservant du projet NLF3 le goût de l’arrangement simple, de l’illustration sonore et des loops de guitares.

Les batteries jazz de Ludovic Morillon, les inserts de trompettes de Lori Chunberg, la production de Fabrice Laureau aka F.lor (Yann Tiersen, Françoiz Breut, Herman Düne), qui utilise à merveille les réverbérations naturelles, donnent profondeur et intensité à des chansons invariablement douces et agréables à l’écoute, quoique recelant des facettes plus obscures. En témoigne cette tendance consommée à la descente chromatique compliquée, en guitares claires arpégées et suspendues, dont le titre n° 8, Real seasons est le fier exemple, seul instrumental de l’album, construit autour d’une descente chromatique de cordes pincées, de pianos tendus, tendis qu’un crissement électronique parcourt discrètement le spectre du champ auditif, mariant plongée en profondeur et vision panoramique. Falling trees aussi est marquant, aux pianos calés sur une rythmique crépusculaire (avant le crash), et murmure indistinct sur fond de free jazz coltranien (?), entre Lost highway et nouvelle naissance.

Le sens musical de l’espace et du son, allié à la récurrence des thèmes tels que partir, sortir, passer du plein au rien, du dedans au dehors, témoignent d’une nouvelle naissance, celle de Don Nino, cette curieuse juxtaposition de patriarche et d’enfant, dont le cri primal serait une phrase doucement égrenée : « There I lose control and stay out and still renounce my name for something that will remain. »