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3
sur 5

Autant dire tout de suite que ça nous fait plaisir d’entendre à nouveau parler de Dani : il aura suffit d’un titre, Comme un boomerang, exhumé de l’inépuisable répertoire de Gainsbourg (une des scies qu’il destinait régulièrement au concours de l’Eurovision) et d’une remise en selle par Etienne Daho, le Saint Bernard des chanteuses sixties françaises, pour que cette chanson délicieusement entêtante, qui commence à trouver sa place sur les ondes, nous renvoie à ce grain de voix typique dont on avait perdu la trace depuis que Dani s’était reconvertie en vendeuse de roses.

Cette compilation semble d’ailleurs vouloir miser sur ce succès inattendu : le titre, Best of boomerang, est sans équivoque. C’est toutefois, et avant tout, le moyen de rendre justice aux excellents titres que Dani grava à la fin des sixties : La Fille à la moto ou La Machine sont à (re)découvrir de toute urgence. Tout, des paroles à la musique, évoque un univers à la Barbarella, à la fois punk et pop, qui étonne par son ton direct et tranché (« ‘Vroum, vroum’, c’est mieux que ‘Chéri, mon amour’ (…) Je préfère être couchée sur un guidon que de l’être avec un garçon… »), à mille lieues des bluettes sans saveur à la Sylvie Vartan et consorts que l’histoire officielle à retenu de cette époque.

On peut regretter que cette compilation ne fasse pas davantage la part belle à cette période, en intégrant des titres comme Le Chpoum, par exemple, tant la suite est d’une autre facture (pour ceux qui craquent sur les amazones en cuir noir -on les comprend- il reste alors les compilations Swinging mademoiselles, en France, ou Ultra chicks, au Canada). En effet, peu à peu, Dani se mettra à chanter tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi) : Les Artichauds, Scopitone ou H comme hippies restent assez sympathiques grâce à la voix troublante de Dani mais, très vite, on tombe hélas dans des gauloiseries innommables (dont Papa vient d’épouser la bonne est sans doute le pire exemple) ou des titres rappelant les pires heures de la télé sous Pompidou (le cauchemardesque La Vie à 25 ans (y a pas de mal à se faire du bien) qui a tenté sa chance à l’Eurovision en 71 -que faisait Gainsbourg ?).

Ce n’est sans doute pas un hasard si on se rappelle plus de la Dani actrice de l’époque (La Nuit américaine de Truffaut, aux côtés de Jean-Pierre Léaud) que de la Dani chanteuse qui finira par faire une prestation pour Giscard (on l’aperçoit dans le documentaire de Depardon, ressorti récemment). N’est pas Françoise Hardy qui veut et, si Dani connaît ensuite une traversée du désert, les chansons de cette période s’en ressentent. Notre Nico française relève la tête à la fin des années 80 quand Etienne Daho (déjà lui !) lui fait enregistrer son come-back : Cette histoire commence ou N comme never again, que l’on retrouve ici, ont un ton à nouveau plus inspiré même si les arrangements très eighties de l’époque écorchent un peu les oreilles aujourd’hui. Best of boomerang s’achève assez heureusement sur l’inédit La Luna, une reprise de Blue Moon, en espagnol, orchestrée par Pascal Comelade. Ex-fan des sixties, que sont devenues toutes tes idoles ?