4
sur 5

Affranchi des cloisonnements musicaux, le label autrichien Sabotage développe en plusieurs compilations sa vision transversale du grand fourre-tout électronica actuel Cette double trace discographique imprimée par Alex is my Bro et Waxolutionists tient en effet plus du détournement en règle des codes surexploitées du breakbeat et autre downtempo que d’une tentative mélodiciste ou ambiante quelconque. Mixant terrorisme sonore ou cut-up de haute volée, les choix esthétiques sont clairs et, dès les premiers samples, marquent un tournant vers une radicalité jouissive. Dans le genre schizo-compil à tendance historique pour apprentis platinistes délurés, on a rarement fait mieux : hip-hop détuné, free-jazz remodelé, marches militaires explosées, tout est prétexte à une revisitation express extrêmement ludique de gimmicks pas si bon marché. Au niveau banque de son, on dépasse bien évidemment l’attirail habituel du e-jay moyen, grâce notamment à une sélection drastique des sources sonores à pirater.

Entre les deux volets de l’album, peu de différence, si ce n’est une attache harmonique plus marquée pour Alex is My Bro dont les désirs vyniliques semblent portés vers une culture empreinte de musique contemporaine plus ardue. Proches de Stock Hausen & Walkman ou d’un Otomo Yoshihide en pleine vague funky, les deux collectifs savent garder une cohérence dans le grand chaos électronique qu’ils développent . Les rythmiques gentiment décalées permettent à ce double album ambitieux de conserver une trame accrocheuse, périodiquement interrompue par quelques inserts spoken-word façon série B. En pleine vague du post-rock sous tranxène, Craftler est exactement le genre de projet assez furieux pour créer le mouvement, et inciter à une déconstruction globale tendant vers l’acuité sonore.

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