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4
sur 5

Ca fait déjà quelques années que le space rock ne fait plus recette. Kranky -le label qui nous a offert entres autres Labradford- l’a bien compris. On trouve un peu de tout à leurs rayons depuis quelques mois. Du dub façon Basic Channel avec Loscil, du funk blanc avec Out Hud. On trouve enfin l’improbable, l’inconnu, le point d’interrogation. Christmas Decoration semble venir de nulle part, et n’aller nulle part non plus, ça lui permet d’éviter de tomber dans les lieux communs. Ils disent eux même que leur groupe fait du punk ambiant, c’est une image charmante qui leur sied. On rebaptisera ici leur premier album « Model 81 » au vu de certains matériaux utilisés. Sur une bonne moitié de disque, c’est une basse sourde façon Joy Division qui entame quelques lignes mélodiques. Puis les guitares de Cocteau Twins égrainent quelques notes décousues. Après quelques détours parmi les échos, celles-ci finissent par s’abîmer un peu au hasard au beau milieu d’un lit d’étoiles électroniques vieille école. C’est une certaine nonchalance teintée d’ennui qui se dégage de ces étranges plans fixes. Et puis on change de décor.

Une fanfare déboule au bout d’une moitié de disque. Tous ont des bouteilles d’alcool sous le bras. Ils le font savoir et secouent leur décor. Les percussions sortent de leur léthargie, les blips synthétiques se mettent à communiquer en morse. Un Tom Waits se charge du discours. Sa voix avec du pâté plein la bouche meuble l’espace d’une voix atone. Et puis les rythmes se mettent à coller les uns avec les autres sans qu’on sache réellement si c’est voulu, les guitares s’envolent pour un grandiose solo dans Build a home. Et puis l’ambiance change, le groupe finit par se sentir concerné par sa musique jusqu’à en devenir menaçant, grinçant et franchement magnifique sur le Sequence 3 de clôture. Ce Model 91 finit par faire penser à des Young Marble Giants qui se seraient égarés, à une beuverie d’après concert organisée par Joy Division. Christmas Decoration semble trouver la vérité dans l’alcool, et ce n’est pas la moindre des vertus de ce premier album totalement hors normes, déjà classé véritable pièce de musée avant même d’être sorti dans le commerce.