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Cette voix brûlée aux feux de la révolte dès l’enfance, mordue au gel de l’exil, mouillée, enfin, aux alcools de la saudade, douce violence originaire -cette voix élimée mais tendue, semble sans âge : toujours jeune comme peut l’être une ancestrale sagesse.

Angolais, né assez tôt pour avoir connu les rigueurs de la dictature, d’abord sur place, puis au pays de l’oppresseur, goûté à la gloire comme athlète et artiste du Benfica, comme au philtre du charisme révolutionnaire, Bonga chante avec l’élégance d’une lucidité qui ne cède pas au désenchantement. Cette distance résignée engendre un art simple, dont la vigueur première conservée sous la patine prend une portée profondément morale. Dévolu depuis ses jeunes années au charme alangui des ballades, à la semba toujours tendre, parfois même superficiellement enjouée, qui chaloupe avec légèreté lorsqu’elle se fond aux brises cap-verdiennes (Bonga n’avait-il pas adapté le traditionnel Saudade, vingt ans avant Cesaria Evora ?), le chant de Bonga caresse des textes ciselés, vignettes, fables concises, où l’observation des cruautés du monde compose avec une expression presque sereine. Une guitare, parfois portugaise, donne la réplique, soutient, développe avec un goût et une discrétion sans faille ; des percussions arachnéennes, beaucoup d’espace, une respiration facile : l’album entier baigne dans la lumière mordorée d’un couchant paisible qui envelopperait toute misère, sans la cacher ni la magnifier, fait luire la poussière comme une poudre d’or (Poeira), le seul or, tout de mirage, que connaîtra jamais son peuple floué d’Angola.

Car après avoir connu la célébrité comme artiste opposant, porte-parole des luttes pour l’indépendance, puis l’oubli relatif dans les salles de bal communautaires, cet ex-militant du MPLA ne reste pas de marbre devant le constat des faillites de la révolution tant aimée. Son doute n’est que litote : « Tu as une conversation inspirée / Avec une maîtrise dans ta vision / Mais, il n’y a pas de bien qui dure toujours /Et tout le sermon s’est arrêté. » (Samania). Après l’agréable Mulemba Xangola (Lusafrica362272/BMG) à la séduction plus facile, Kaxexe (« En cachette ») franchit le seuil d’un royaume plus secret, celui de la beauté réservée, réellement poignante.

Lire en archives Angola chante et pleure dans Le Mag ainsi que notre chronique de Angola 72-74 de Bonga.
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