3
sur 5

Depuis deux ans et l’album éponyme Blur, la bande de Damon Albarn a vadrouillé. Chacun a vaqué à ses occupations, et c’était peut-être mieux ainsi. On sentait le groupe un peu à bout de souffle, un peu emmêlé dans sa tentative pour s’évader de la course poursuite infernale avec Oasis, ou Pulp, peu importe qui, mais la situation était devenue quasi comique. On se foutait bien alors de la musique. Seul comptait de savoir qui serait « le plus grand groupe pop du monde », etc. Ridicule. Au moins pouvait-on dire de Blur que le groupe cherchait à se démarquer de l’appellation brit pop et de ses conséquences. Seulement voila, musicalement, ça ne suivait pas tout à fait, même si l’effort était louable.
Alex a donc sorti un singe pour la Coupe du Monde de foot, Vindaloo, avec son groupe Fat Les. Graham a mis sur pieds son propre label, Transcopic, sortant un album solo l’an passé, The sky’s too high. Damon a participé avec Michael Nyman à la B.O. du film Ravenous. Dave s’est concentré sur son ordinateur.

Deux ans de silence commun, et, la fièvre retombée, voila 13 qui déboule. Autant le dire tout de suite, on a un peu craint le pire avec le single Tender. Enregistré avec la London Community Gospel Choir, le morceau est une longue chose molle qui n’inspire pas envie. Heureusement, derrière, on découvre Bugman, un peu plus brulôt, puis Coffee & TV, pop song basée sur un riff de guitare saccadé imparable, confirmant que le talent de songwriting n’a pas foutu le camp. C’est simple, vraiment sans prétentions, et à mille lieu des compos alambiquées auxquelles on voudrait nous habituer. Chacun sa nature, certains sont peut-être faits pour le compliqué, pas Blur. Et en plus, ça tient six minutes sans nous emmerder. Alors que Swamp song juste derrière, c’est 4 mn 30 d’ennui pataud et d’atermoiements dispensables. Ce genre de pastiche caricatural blues noisy ne sied pas du tout à Blur.

Au moins peut-on porter à leur crédit de nous étonner et de ne pas se la jouer redite. Le résultat, lui, reste en dents de scie. On alterne donc : deux jolies balades, 1992 et Battle, pour une pantalonnade, B.L.U.R.E.M.I.. Un instrumental sans intérêt –Mellow song– pour une comptine sophistiquée et bien maîtrisée, Trailerpark, à n’en pas douter l’un des meilleurs titres. Une pop song à l’éclat noir –Trimm trabb– pour un caramel mou –Caramel– un mauvais son de cloche, Optigan.
Tout ça, c’est un peu les montagnes russes, comme si le groupe se cherchait encore, ou plutôt comme s’il ne voulait absolument pas qu’on le trouve. A écouter d’une oreille très attentive, pendant que l’autre fait semblent de ne pas entendre.

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