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Sûr et certain que vous vous souvenez de ce générique superbe où, sur des images sombres comme la nuit, des accords au tutti d’orchestre se laissaient malmener par ce leitmotiv entêtant, et chatoyant à la fois, au saxophone, …ta-ti-ta… qui sert d’ailleurs encore d’indicatif musical à une émission cinéphilique radiophonique du service public bien connue.

Malheureusement, cette couleur particulière devait être la dernière musique composée pour un film par le grand, le génial, le gigantesque Bernard Herrmann. Après avoir été l’auteur des accords de violons violents et stridents de Psycho, des coups de boutoirs sur fond de valse de bal pour North by northwest, des envolées romantiques de Citizen Kane ou The magnificent Ambersons, des lignes mélodiques en chute libre deVertigo, des inquiétants mouvements de La mariée était en noir ou des phrasés de Farenheit 451, le compositeur le plus acclamé par les cinéastes eux-mêmes (voir ci-dessus Welles, Hitchcock et Truffaut) remportait à titre postume la palme d’or à Cannes pour ce second film du futur (et déjà) grand Martin Scorcese.

On a ici la chance de tout retrouver du style inimitable de Herrmann : l’ensemble des cordes en avant qui se font disputer la place par les cuivres en attaque ou bouchés pour rendre compte de l’inquiétant de la situation sur l’écran, le tout saupoudré de cette fameuse ligne de saxo reprise à l’orgue ou autres instruments synthétiques. A l’image de Richard Wagner, Bernard Herrmann avait absolument tout saisi de l’importance du leitmotiv, dans un opéra pour le premier, dans les films ou ses pièces classiques comme Moby Dick pour le second. Et même lorsque Travis/De Niro tue à l’écran, reste présente cette mélodie comme une probable rédemption avant les accords du finale qui ne laissent rien envisager de bon.

L’avantage supplémentaire de cette réédition américaine est que nous avons droit au plaisir (que nous ne dissimulerons pas) de réentendre, sur le disque cette fois, les fameux « You talking to me ? » de De Niro (imaginez vos messages de répondeurs avec ça !) mais encore la réorchestration quasi easy-listenning de Dave Blume sur quelques-uns des numéros de la partition (avec la voix du narrateur proche de celle de Burroughs déclamant son Howl), le tout remastérisé et tout le tralala par les bons soins d’Arista. Alors, ne regardez plus le film, écoutez-le !

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