3
sur 5

Jusqu’à présent, on suivait l’évolution du petit Ben Lee comme on aurait surveillé un cursus scolaire. L’ado des Antipodes avait brillamment passé ses exams, avec mention, que ce soit en solo (Grandpa would) ou avec son groupe de keupons boutonneux Noise Addict. Son entrée dans l’écurie des Beastie Boys, Grand Royal, préfigurant son intronisation dans la « vraie » vie professionnelle. Plus question désormais de considérer Ben Lee comme un caniche savant, soit « un songwriter quand même vachement précoce ». Débarrassées de leurs influences pré-pubères power-pop-post-Pixies, ses chansons reniflent effectivement de moins en moins les pollutions nocturnes et revendiquent une parenté plus adulte (Lou Reed). Ben Lee prend de l’assurance, sans pour autant renier son style, choisissant comme écrin pour ses créations toujours aussi introspectives et cyclothymiques une pop-folk délicieuse et on ne peut plus digestive. Préférant entreprendre l’ascension de la montagne Kurt Cobain par son versant le plus acoustique, le jeune songwriter nous pond quelques réminiscences du Nirvana période unplugged (Burn to shine, Ten feet tall) sans tomber dans le chromo grunge-nihiliste. Car notre garçon est un indécrottable romantique et ses préoccupations essentiellement amoureuses -cf. le single Cigarettes will kill you-, à peine perturbées par quelques sautes d’humeur qui n’empêchent guère l’ensemble d’arborer un ton léger voire volatile. Tellement léger et volatile qu’on finit par se demander si Ben Lee peut composer autre chose que des petites bluettes à fredonner sous la douche.

Heureusement, lorsqu’il veut bien faire un effort de production, ses chansons prennent de l’ampleur. Passée la première moitié de l’album où deux ou trois morceaux frisent l’insignifiance à force de se regarder le nombril et tirent inévitablement l’ensemble vers le bas, on entre enfin dans le vif du sujet. Le soyeux Nighttime passé à la moulinette John Barry grâce à ses cuivres ronflants ou l’excellent Sandpaperback -sur lequel Sean Lennon vient pousser la chansonnette, les baby boomers comprendront le clin d’œil- avec son chorus féminin psychédélique laissent entrevoir un avenir beaucoup plus réjouissant et intrigant. Histoire de nous convaincre définitivement de son talent, Ben Lee nous assène sur la dernière piste une majestueuse ballade, Sleepwalking qui rassurera ceux qui ont parié gros sur le jouvenceau australien. Oui mais voilà, la date limite de l’indulgence face aux errements de la jeunesse se rapproche dangereusement et s’il se tire une fois de plus avec les compliments du jury -élève doué et prometteur- Ben Lee se doit de prendre une once d’envergure supplémentaire pour se distinguer. On croise les doigts pour lui.

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