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Il y a toujours deux manières d’écouter les nouveaux disques d’Autechre comme ils nous viennent avec l’actualité : 1. dans le maillage dialectique de leur gros corpus (dix ou onze albums depuis 1993 selon les angles), comme les étapes de la dernière aventure musicale moderniste du monde ; ou 2. détachés de tout contexte, comme des propositions musicales excessivement singulières et toujours étranges, des prospections esthétiques de beautés quasi picturales. Bien sûr, le mélomane insatiable de poésie trouvera la deuxième manière plus juste et plus séduisante, puisqu’elle est la seule qui lui permette d’aborder ces grosses masses de son toujours plus opaques par la métaphore. Dans le cas intimidant d’Oversteps, on serait tenté de le suivre, tant ces quatorze queues de comète ressemblent à des paysages ou des panoramas. Les fragments rythmique et non-rythmiques n’ont jamais été aussi difficiles à départager, les fantômes synthétiques montrent souvent des visages familiers d’ersatz midi et les chœurs synthétiques qu’on y entend (D-Sho Qub) donneraient presque l’impression de survoler le continent gelé d’une planète inconnue. Mais le plus souvent, la métaphore même ne suffit pas, et Oversteps donne à entendre des objets sonores bien trop ambivalents pour écarter le mouvement qui les a mis au monde. Il nous faut donc à nouveau interroger le geste, user de l’histoire et des encyclopédies et poser ce monstre en regard de ses aînés pour révéler les perspectives.

Et on est très surpris de découvrir que cette énième rupture dans la discographie du duo (le précédent Quaristice abandonnait par exemple les longues plages au profit des edits succincts) creuse un tunnel presque direct entre le présent du groupe, plus que jamais préoccupé par les dynamiques organiques du temps réel et les mélodies stochastiques, et sa jeunesse très révérée, quelque part entre Amber et le Basscadet EP (1994). Parfois même, sur un paysage de nappes qui rappelle Plaid ou une mélopée de gamelans synthétiques, on prendrait presque Booth & Brown en flagrant délit de nostalgie… Presque un comble. C’est donc certain, on louera beaucoup les qualités apaisées de cet album terriblement cryptique (peut-être le plus cryptique de tous), et on parlera beaucoup de ses mystérieuses ondulations mélodiques comme des beautés à transpercer. Et on aura raison.

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