4
sur 5

Amon Tobin a connu un parcours pour le moins atypique. Né au Brésil, il est parti en Europe très jeune, avant de retourner dans son pays natal où il commence à s’intéresser à des musiciens aussi disparates que Thelonious Monk ou GrandMaster Flash. De retour en Angleterre, il fait l’acquisition d’un séquenceur, puis s’exile au Portugal. Il y apprend l’harmonica, le saxo et la guitare. Enfin, il retourne en Grande-Bretagne et s’inscrit à des cours de photographie, avant de sortir ses premiers singles sur le label Ninebar. Tobin appartient à cette génération qui a fait ses armes sur des appareils électroniques, avant de se tourner vers des instruments plus classiques. Pourrait-on résumer la démarche du musicien à cet apprentissage chaotique et non conventionnel ? Car, en matière de chaos, Tobin semble en connaître un rayon. Rarement drum’n’bass (le terme est ici réducteur) fut aussi complexe et travaillée.

Pas de temps à perdre en intro pompeuse, c’est dès le premier morceau qu’Amon Tobin se lance dans la bataille, avec Get your snack on. A peine le temps de se familiariser avec les samples en présence, qu’une batterie incontrôlable débarque, avant qu’un saxo n’entraîne le tout dans l’univers d’un film de blaxploitation. Suit Four ton mantis et sa phrase au piano obsessionnelle, sur laquelle viennent se greffer un rythme lourd, des cuivres déformés et angoissants. Supermodified se construit par couches superposées qui elles-mêmes se modifient au fur et à mesure de leur progression. Ainsi, la ligne de basse au début de Golfer vs boxer se transforme au point de devenir un magma sonore compressé alors qu’une rythmique frénétique se répand de façon désordonnée. Sur Precursor (en compagnie de Quadraceptor) et Saboteur, on retrouve les influences jazz du musicien qui, loin de rendre un hommage froid et respectueux, prend brillamment des libertés avec le genre. Même chose sur Rhino jockey à la rythmique sud-américaine.

On regrettera cependant la touche finale, Natureland, morceau de jazz mou, sorte d’improvisation de piano-bar sophistiqué, comme si le musicien lui-même était éreinté par l’énergie réjouissante des précédents titres. Mais cette faute de goût ne ternit pas un album remarquablement complet. Amon Tobin se propulse ainsi au sommet de son art. Il rejoint Squarepusher ou Third Eye Foundation, les maîtres d’une certaine forme de drum’n’bass à tête chercheuse, tout en étant plus ludique et accessible.

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