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Philip Kindred Dick est à présent un monument incontournable de la science-fiction. Et l’on pourrait se demander comment un type a pu écrire plus d’une trentaine d’excellents romans de S-F sans être un tantinet bousculé… Il suffit de lire ces quelques essais pour comprendre que Dick n’échappe pas à cette première intuition : le cerveau, dans son cas, ne présente pas seulement une simple dichotomie entre ses deux hémisphères analogique et numérique, mais plutôt, une véritable fêlure, dont les effets oscillent entre un simple parasitage de la noosphère à la De Chardin (à moins que ce ne soit une ruse de plus fomentée par la CIA ou le président Nixon…) et la conscience aiguë de vivre une seconde vie présente. « Il n’est pas rare que des personnes prétendent se souvenir de vies antérieures : mais moi, je prétends me souvenir d’une vie présente différente. » Force est de constater que personne avant lui n’avait osé une telle chose. Gardons-nous cependant d’accuser le prophète de folie ! D’autant plus qu’à l’image de Schwarzeneger dans Total Recall, sa seconde vie (sur ce qu’il appelle la piste A) est particulièrement trépidante. Prenez garde, l’extrait qui suit, tiré de sa conférence Si vous trouvez ce monde mauvais… est truculent.

Précisons que cette révélation lui vint en sortant de chez le dentiste et n’est pas sans relation avec l’usage d’une drogue analgésique. A propos d’un état totalitaire, fasciste, qui ordonna sous la férule du président Nixon, et à notre insu (mais certains de nous s’en souviennent certainement et n’osent pas le dire), le massacre des Noirs et la persécution des chrétiens, avant que Dieu, appelé plus justement le « Programmateur-Reprogrammateur », ne balance l’affaire du Watergate pour rééquilibrer les forces du bien et du mal, Philip K. Dick nous livre ses souvenirs : « ça a bel et bien eu lieu. Je m’en souviens. J’étais l’un des chrétiens clandestins qui se sont battus contre cet Etat et qui ont aidé à le renverser. Et j’en suis fier ; je suis fier de ce que j’ai fait dans la Piste A. Pourtant, il y a un aspect plus sombre qui accompagne cette fierté dans le travail accompli là-bas. Je crois que, dans cet autre monde, je n’ai pas survécu au mois de mars 1974. Je suis tombé dans un piège de la police, un de leurs guet-apens. » Ses biographes prétendent à tort que Dick souffrait de graves dépressions. On sait maintenant que c’est faux, il s’agissait de commandos pour sauver l’humanité chrétienne… On nous cache tout, on nous dit rien…

Et oui, les pistes A et B sont quelque peu embrouillées. Le problème, c’est que Dick a rencontré Dieu un peu trop intimement… cela fait paradoxalement de l’ombre (et oui, la lumière bien que divine, occulte parfois…) à quelques réflexions intéressantes. Mais ne nous y trompons pas, Si ce monde vous déplaît… est une collection franchement divertissante de sophismes particulièrement audacieux. N’est-ce pas le propre de la science-fiction que de proposer un développement scientifique à partir de postulats foireux ? Mais que se passe-t-il quand la S-F se prend pour une science ? Ne faut-il pas s’attendre à des dérapages du type, « Ecoutez-moi, Dieu le grand Programmateur m’a laissé une communication pour vous… ? » Puisque la raison n’y est pas toujours, c’est à grand renfort de citations philosophiques (avec une prédilection évidente pour les présocratiques… facile de leur faire dire n’importe quoi) ou d’expériences personnelles que Dick essaie de nous convaincre de ses thèses paranoïaques. Il sait être lumineux et pertinent mais, son questionnement, incessant, sur ce qu’on appelle par modestie, ou parce que c’est commode, la réalité, traduit une certaine persistance à vouloir s’en débarrasser. A part ça, les champignons se ramassent à la pelle…

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