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« L’amour romantique n’est-il donc pas un anachronisme, quelque chose d’invraisemblable et d’obsolète, qui n’a plus cours dans le monde moderne, qu’on ne peut admettre tout au plus que dans les fables, de même que les notions de Bravoure, d’Honneur et de Vérité ? » Convaincu du contraire, l’irlandais Niall Williams, dont les Quatre lettres d’amour (Flammarion, 1998) avaient suscité quelques commentaires enthousiastes (d’aucuns avaient même convoqué Yeats, c’est dire), s’essaie à dépoussiérer le genre et à nous décrire la flamboyante passion qui va lier, à deux pas de l’océan, sur la côte irlandaise brumeuse et détrempée, un jeune prof d’histoire auquel à peu près rien n’est jamais arrivé -Stephen- et une violoniste italienne, célibataire et expatriée -Gabriella-, hantée par un mal-être inexpugnable. L’amour, donc : page 184, Gabriella et Stephen échangent quelques premiers mots timides. 26 pages plus tard, l’union est consommée. La mort, ensuite : le père de Stephen, veuf depuis un accident de voiture il y a des années et atteint d’un cancer, prêt à tout pour rester en vie suffisamment longtemps et voir son héritier enfin heureux. La musique et l’absolu, enfin, avec ce Concerto de Vivaldi qui traverse le livre de part en part et les concerts de Gabriella qui propulsent immanquablement les modestes auditeurs de la campagne irlandaise dans un autre monde. Tout cela, raconté avec une naïveté touchante et revendiquée, fait un tableau idyllique et rayonnant de bonheur, qui relève presque du conte. Même les personnages secondaires ne sont pas dupes : « Il ne s’agissait pas de confondre la vie et les romans. Il était impossible que ce grand échalas de prof ait pu retrouver celle dont il s’était entiché, qu’ils aient connu ensemble le bonheur. C’était une histoire pour la bibliothèque rose, se disait Moira… ».

Cette histoire d’amour-là, en effet, touche à la perfection : la grise existence d’un jeune homme sensible transcendée par l’amour, la féminité retrouvée d’une artiste méconnue qui, archet en main, sème le bonheur pour des gens simples et sincères, et un père satisfait qui s’en va rejoindre sa défunte épouse le cœur gonflé de joie. On ne peut pas dire que Niall Williams ait creusé très profondément la psychologie de ces personnages un peu stéréotypés : « Comme au ciel » plus que sur la terre, c’est certain. Niall Williams assume ce parti-pris avec une détermination qui excuse presque la grossièreté de certains procédés narratifs (le cauchemar final et le soulagement du réveil) et l’étrange manque de substance des protagonistes principaux, qui débordent à ce point de bonheur qu’ils en deviennent irréels (lorsque son écriture semble plutôt vouloir les camper dans le réel -et démontrer ainsi que « l’amour romantique n’est pas quelque chose d’invraisemblable, d’obsolète »). Presque.

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