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Si ce n’est assurément pas par ces « Souvenirs » que l’on commencera pour découvrir l’œuvre de Maurice Pons, l’un des écrivains français les plus injustement méconnus de ces dernières décennies, on pourra les lire comme un petit supplément autobiographique parsemé d’anecdotes délicieuses à la dizaine de romans, pièces et recueils de nouvelles publiés par l’auteur de Rosa entre 1951 et 1992. Besson lui rendait récemment hommage dans sa « Solderie » hebdomadaire : « Son œuvre parfaite est périodiquement l’objet d’une redécouverte qui ne sera complète qu’après sa mort. Pons est le candidat idéal à la gloire posthume car, de son vivant, il dérange par sa discrétion amusée, embarrasse par sa distance mélancolique. » Alain Bosquet, il y a quelque temps : « Maurice Pons est un de nos conteurs les plus délicieux, les plus désopilants, les plus irrésistibles. » On a souvent raison de ne pas écouter les critiques : parfois, on a tort. De son repaire du Moulin d’Andé (à côté d’Evreux), siège d’une Association Culturelle où se retrouvèrent écrivains, cinéastes, peintres ou musiciens et où Perec séjourna longtemps (« Je m’efforçai de le persuader de venir y passer quelques jours, pour voir. Il hésita d’abord, mais finit par venir s’y installer pour quelques jours, puis pour quelques semaines. Et il y demeura en définitive plusieurs années »), il lance donc un regard rétrospectif sur les grands jalons de sa vie et d’une brillante carrière littéraire.

On passera sans doute rapidement sur la naissance de la vocation d’un Pons en culottes courtes (à l’occasion de la rencontre de Jules Romains dans une gare, à l’âge de sept ans) mais on trouvera beaucoup d’intérêt dans la relation amusée de sa contribution à la plus glorieuse des entreprises de Pons père, sérieux universitaire strasbourgeois et spécialiste de Swift, qui fut chargé de l’édition des œuvres complètes du vénérable doyen de la cathédrale Saint-Patrick de Dublin dans la collection de la Pléiade. Ces courts chapitres, souvent plein d’humour, nous ramèneront aussi à la rencontre de René Julliard (« un homme impressionnant mais exquis »), à la publication de Métrobate dans la collection dirigée par Robert Kanters en mai 1951, source d’une fierté inépuisable chez le jeune romancier (« J’allais contempler, dans les vitrines, le grand M majuscule rouge de Métrobate« ), puis celle des Virginales quatre ans plus tard… La parution de son premier roman, confie-t-il, ne se fit qu’au prix d’un intense effort de prestidigitation : multiplier par deux le nombre de pages, la version initiale de Métrobate atteignant péniblement la soixantaine ; aussi s’étonnera-t-on avec un sourire de ce que ce petit volume soit allègrement rempli de textes écrits il y a plusieurs années -si certains ont un réel intérêt littéraire, l’insertion en fin d’ouvrage de la « Déclaration des 121 », dont il fut l’un des premiers signataires, n’en a absolument aucun. On croise aussi François Truffaut (qui adapta l’une de ses nouvelles au cinéma), Aniouta Pitoèff ou Simone Signoret (dont il recueillit les mémoires, publiées avec succès sous le titre La Nostalgie n’est plus ce qu’elle était) dans ces pages tantôt passionnantes, parfois moins, dont on espère avant tout qu’elles inciteront leurs lecteurs à redécouvrir l’œuvre ignorée d’un grand écrivain français.

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