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Georges Paczynski poursuit avec ce deuxième volume l’ambitieuse et passionnante entreprise musicologique et historique commencée avec la parution, en 1997, d’un premier tome consacré aux tambours ancestraux, à la naissance de la batterie et aux batteurs de la Swing Era : on en arrive ici aux années be-bop, soit une période qui court de la fin de l’ère swing (les premières années de guerre) au début de la décennie soixante : « La période swing est vite devenue une vaste entreprise de commerce à la fin des années 1930 (…). Dans cette atmosphère, seule une réaction diamétralement opposée aux perspectives offertes par le monde du show business pouvait permettre à la musique de jazz de découvrir des terres jusqu’alors inconnues. »
Des « batteurs charnières » que sont Gus Johnson ou « Shadow » Wilson aux noms légendaires du bop (Kenny Clarke, Max Roach, Art Blakey puis Roy Haynes, Philly Joe Jones… jusqu’à Ed Thigpen ou Jimmy Cobb), l’auteur offre, pour le musicien, une étude magistrale de l’évolution de l’instrument durant ces vingt années et, pour le profane, un angle d’approche passionnant et inédit sur cet épisode de l’histoire du jazz. Accompagnées d’innombrables relevés, ses analyses minutieuses sont traversées d’un enthousiasme et d’une passion communicatifs qui, tout en mettant nettement en lumière l’intérêt historique des passages retenus, suscitent chez le lecteur le moins averti une curiosité irrésistible (les pages consacrées au « Drum Conversation » de Max Roach sont, de ce point de vue, exemplaires).
En neuf chapitres, l’ensemble des grands batteurs bop fait l’objet d’une biographie complète, leurs caractéristiques techniques et éventuelles innovations d’une analyse approfondie qui, pour être d’une irréprochable rigueur, n’écarte pas pour autant les dimensions proprement émotionnelle, esthétique et poétique de leur jeu ou de leur personnalité. Inutile d’en dire trop : cette étude magistrale, où perce en outre un constant souci pédagogique (à côté de ses activités musicales dans le trio que forment avec lui Philippe Macé et Riccardo Del Fra, signataire de la préface, et journalistiques -on peut l’entendre dans l’émission Black & Blue d’Alain Gerber sur France Culture-, l’auteur enseigne la batterie), est d’ores et déjà un ouvrage de référence. Indispensable pour les batteurs confirmés et les passionnés, elle constitue une introduction originale et accessible au rythme, à l’histoire et à la pratique de la batterie jazz pour tous les jazzfans (hors lecture des relevés, les abondants commentaires de l’auteur suffisent, au prix d’un petit effort, à comprendre ses analyses). La splendide maquette du livre, la qualité des annexes (discographie, bibliographie critique, glossaire et index général) et de l’iconographie en rendent au demeurant la lecture fort agréable. Une somme.