2
sur 5

Légère déception que ce premier livre publié d’Alexandre Ikonnikov, 29 ans de Russie au compteur (soit assez pour avoir connu le déclin de l’ère soviétique et l’anarchie de l’ère fédérale) et une traduction signée rien moins qu’Antoine Volodine (pour la plupart des textes, rédigés en russe) et Dominique Petit (pour neuf autres, écrits en allemand). Contes ou vignettes, le plus souvent très brefs (deux à quatre pages en général), ses « nouvelles du bourbier », tout en posant un œil lucide et non dénué d’humour sur la situation de la Russie provinciale, souffrent d’une manière de naïveté que l’on ne parvient pas toujours à imputer au genre choisi (de petites comédies humaines, tranches de vie et autres sketches moraux). Il y a pourtant de quoi rire dans ce recueil dont les héros et péripéties nous emmènent loin des beaux quartiers de Moscou et d’un Saint-Pétersbourg de carte postale, là où les caméras ne s’aventurent presque jamais, au fin fond d’un pays pas spécialement en avance sur le chemin de la civilisation et de la technique. Sa Russie est un brin archaïque (disons même arriérée), pétrie de traditions que 80 ans de communisme forcené n’auront pas réussi à dissoudre, pleine de baraques inconfortables et d’habitants rustiques sérieusement portés sur la vodka, de curiosités sociales et d’aberrations stalino-kafkaïennes. C’est en général assez comique, quoiqu’un rien pathétique parfois : Ikonnikov ne raille pas, mais ne s’attendrit pas non plus ; il ne brocarde pas mais promène son aiguille là où cela fait mal -même si la pointe en est suffisamment émoussée pour ne pas piquer trop violemment.

L’ensemble est plaisant, souvent comique, mais à la vérité un peu mièvre. Si certaines nouvelles réussissent leur effet grâce à des chutes réussies et quelques morceaux de bravoure notables (cette phrase, reprise sur la quatrième de couverture : « En fait, la prétendue âme russe se réduit à quatre composantes : la croix russe, la langue, la vodka et le bonheur dans la souffrance »), la majorité d’entre elles laisse une impression mitigée ; l’extrême simplicité du style, redoublant la douce naïveté des textes, donne au minimalisme goguenard d’Ikonnikov un côté franchement enfantin -peut-être trop. Ses chroniques, pour être séduisantes, ne portent pas suffisamment à conséquence pour que l’on garde l’image forte que l’on aurait souhaité. Ce n’est sans doute que partie remise.

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