L’art contemporain est partout. Sur la place Vendôme, où il exaspère le public. A Versailles, où il gâche la perspective. Et dans les romans, naturellement. Celui d’Alain Fleischer, par exemple. Encore Fleischer, diront nos lecteurs ! Eh oui. Il a publié un roman au printemps (Alma Zara), il en publie un autre aujourd’hui. L’art contemporain est un sujet qu’il connaît, lui qui fréquente depuis longtemps les artistes et les arcanes du monde de l’art, galeries, expositions, vernissages, finances. Effondrement raconte l’histoire de Simon, pianiste virtuose qui vient d’hériter de la collection d’art de son père, l’une des plus considérables au monde. Mais Simon n’a que mépris pour l’art moderne, les bibelots conceptuels, les critiques pédants avec leurs divagations philosophiques et les hommes d’affaires qui s’enrichissent en spéculant. Aussi décide-t-il de bazarder la collection lors d’une gigantesque vente aux enchères. Aussitôt, le milieu de l’art se ligue contre lui : en bradant ses pièces, Simon risque de provoquer un effondrement du marché, ruinant les collectionneurs privés et publics. Une course contre la montre s’engage, tous les moyens sont bons pour faire capoter la vente… Plus qu’un roman sur l’art contemporain, Effondrement est un récit satirique sur le marché de l’art et ses mécanismes, où valeur esthétique et valeur financière se déconnectent. Assez classique dans sa forme, avec des techniques comme le journal intime et les coupures de presse, Effondrement ne compte pas parmi les « grands » Fleischer ; mais son rythme, sa charge critique et les péripéties du scénario font qu’il mérite d’être lu.

On pourra lire aussi, sur le même thème, Les Désœuvrés, premier roman d’Aram Kebabdjian. Ce dernier raconte de l’intérieur l’activité de la CRAM, ou « Cité Radieuse des Artistes Modernes », une sorte de Villa Médicis imaginaire, installée dans une friche industrielle. Chaque chapitre s’intéresse à un artiste ou à sa dernière œuvre en date, en tirant tantôt vers le portrait, tantôt vers la saynète. Les personnages circulent parmi les chapitres, un arrière-plan se dessine. Cette structure éclatée est cependant l’inconvénient majeur du texte, qui peine à articuler ses micro-intrigues et qui traîne en longueur. L’impact de la part satirique, notamment la critique de la logorrhée des critiques à propos des œuvres, s’en trouve très émoussé ; le lecteur s’englue dans une prose sans relief, le livre n’avance pas. Reste un coup d’essai intrigant, qui échoue hélas à tenir sur la longueur son idée de départ originale.

Effondrement, d’Alain Fleischer (Cherche-Midi, 350 p., 18,50 €)
Les désœuvrés, d’Aram Kebabdjian (Seuil, 520 p., 21 €)

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