
Elle se faisait appeler Maureen, elle était avocate à tous les râteliers mais mouillait sa culotte chaque fois qu'elle prenait l'occasion de dire qu'elle était avant tout spécialisée dans les
people, dont elle défendait l'image bec et ongles. En plus de son métier qui rendait Papa si fier, elle s'était improvisée nutritionniste et là
aussi, ça la rendait humide quand elle précisait à qui voulait bien l'entendre
qu'elle était experte en macrobiotique. Pourtant elle s'infligeait des
restrictions très sévères, considérait la viande comme toxique et s'alimentait
exclusivement de framboises, de groseilles, de canneberge et d'autres fruits
allant du rose au rouge. Elle vivait dans son bureau ou l'inverse, rue Solférino à Paris. Elle sentait le fric à dix
kilomètres et elle aimait ça, peut-être encore plus qu'elle n'aimait celui
qu'elle prenait pour son fils, son fidèle compagnon à poils courts, une espèce
de saucisse grasse du nom de Ludwig. Elle écumait les secrétaires au Pôle
Emploi, les engageait, les évidait et les renvoyait de là où elles venaient. En
revanche, elle avait un homme à tout faire qui ne souffrait pas de ce syndrome
turn-ovarien. Michal était Polonais, il
faisait les courses et rendait toujours la monnaie. Il faisait le ménage, le
repassage, promenait Ludwig, lui lisait les dizaines de courriers envoyés du
monde entier par des amis humains et recousait chaque jour le souffre-douleur du
chien, un vieil ours en toile de jute. Cette peluche avait été offerte à
Maureen quand elle était née et qu'elle s'appelait encore Rachel. Rachel aurait
dû fonder un foyer mais Maureen n'en avait rien à foutre, elle s'épanouissait
tant dans ses carrières, elle couchait avec tellement d'écrivains, de peintres,
de compositeurs et d'animateurs-télé. Elle envoyait parfois ses clients les
plus misérables en prison. Elle se vautrait dans son argent, son pouvoir et son
sexe de quinqua et demie. Elle se remémorait cette vie qu'elle avait investie
et se dit qu'elle avait été très conne d'avoir attendu aussi longtemps avant de
faire sa première mammographie. Tant pis, un carré Hermès sur la tête, des
faux-cils et de la silicone dans les seins et tout continuerait comme avant.
Florence Alcaide Villanueva