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© Les Éditions Réticulaires, 1997-2007
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C'est le laboratoire d'observation de la race humaine, moyenne, misérable ou merveilleuse. Toutes les espèces s'y croisent, de la pire ordure malodorante à la petite vertu en jupette à fleurs. Entrez. C'est gratuit.
[08.02.10]
Elle avait été coach sportif pendant des années, à l’époque où elle vivait encore à Paris. Sa
clientèle était faite de starlettes issues du monde de la mode, de la nuit et
de la real TV : l’anorexie, la came et les dettes de sommeil, ça vous flingue un corps, même à 22 ans. Elle
employait tous ses efforts à ralentir le vieillissement prématuré qui sévissait
chez ses « chouchous ». Elle appelait chacun de ses clients comme ça,
« Chouchou », et ils se sentaient spéciaux ; ils se sentaient
presqu’aimés par cette peste, toujours en pantalon treillis et en débardeur
kaki, quelle que soit la température au bois de Boulogne. Depuis le début du
succès, ces jeunes cons étaient cernés par des suce-boules de toute sorte et n’écoutaient
plus depuis longtemps leurs parents – tous des beaufs, des gagne-petit, des
peigne-culs. Alors qu’elle, Loretta, exerçait sans peine une autorité proche de
la tyrannie sur ces êtres en perdition. Elle avait un pouvoir unique. Sa silhouette
et sa musculature lui donnaient toute la légitimité à abuser de son ascendant
sur ses souffre-douleur. Elle qui avait tant été molestée par ses camarades de
CP, qui avait encaissé l’aigreur de sa mère et l’absence de son père, aujourd’hui,
elle prenait plaisir à rabaisser ses gagne-pain. Elle les malmenait, les
insultait ; parfois, même, elle leur foutait des coups de pied avec ses rangeos et, au
bout du compte, les petites vedettes en mal de réalité aimaient ça et en redemandaient.
Loretta, les traits figés et la peau cornée par l’abus de soleil et le tabac, faisait désormais dix ou douze ans de plus que son âge. Son corps s’était épaissi autant qu’affaissé. La psychose de ses clients avait commencé à gagner la dictatrice de la mode et elle avait atterri chez sa vieille mère en Lozère. C’était ça ou l’HP (hôpital psychiatrique). Depuis, elle aidait sa daronne à élever leur meute de chiens, fuyait tout ce qui était à peu près humain et montait tous les soirs dans sa chambre des boîtes de pâté et un flacon de ketchup. En regardant le programme de télé-réalité du moment, elle modelait des bites en mousse de foie de canard, les décorait délicatement de coulis de tomate et les engouffrait. Les unes derrière les autres, une-deux, une-deux.
[08.02.10]