Daniel Johnston à la Maroquinerie Lundi 6 novembre 2000
Daniel entre en scène après un exercice apéritif d’après-rock routinier, assuré par un trio de guitaristes versaillais non assumés. La salle est bondée de fans transis qui attendent cette heure depuis la seconde où ils écoutèrent it‘s over sur une C90 moisie.
Il est gros et grisonnant. Seul, sa guitare espagnole posée sur la bedaine. Il s’abreuve en tremblotant d’un gobelet plastique qu’il emplit d’eau dans un seau avec un geste de puisatier. Guère à l’aise pour ce qu’il est de parler, il n’émet qu’un hommage fébrile à nos frites, mais se donne totalement à son chant. Avec cette façon si personnelle de se consumer qui en fait l’interprète le plus émouvant du monde.
Alors qu’il se produit devant un public qui le voit pour la première fois mais qui l’attend depuis longtemps, il ne chante ce soir quasiment que des chansons nouvelles. Pas mêmes présentes sur Rejected unknown. Consignées en un cahier posé sur un chevalet. Gardées par La Joconde et La Vierge Marie sur le protège-cahier noir. Et quelles chansons ! Daniel Johnston est un songwriter en activité.
Par rapport à sa production des années 80 et 90, sa voix et ses compositions atteignent une étonnante maturité. Sa voix a gagné en tessiture et en nuances, sans qu’elle ait perdu cette virginale vibration qui en fait le plus troublant témoignage de son cœur. Ses chansons, sans trahir la simplicité et l’autorité mélodique qui ont toujours fait leur manière, sont désormais plus fermes, plus constantes en qualité et d’une richesse surprenante. Quelqu’un nous fera remarquer, à l’issue du show, que ces nouvelles chansons contiennent bien chacune une dizaine d’idées qui suffiraient à rendre chacune une chanson énorme. Même l’approximatif battement qui lui tient lieu de technique guitaristique semble admirablement maîtrisé. Il est donc possible de mûrir ainsi.
Le cahier épuisé au bout d’une demi-heure, il entonne les yeux fermés une complainte à cappella et quitte la scène. Concert horriblement court et sans rappel. Les premiers à vider la salle, dix minutes après cette fin, ne le feront que pour s’arracher les quelques ticheurtes et cassettes en vente.
Daniel illustre lui-même ses pochettes de disques (et le dossier de Chronic'art). Ses dessins sont exposés du 04/11 au 02/12 à la Galerie Zwemmer à Londres. Voir quelques extraits.