(...) La musique de Daniel Johnston est spontanée. Il gratte les cordes et la chanson vient. Musicalement, on peut dire qu'il s'inscrit dans la tradition des garage bands américains, qui sacrifiaient la technique à l'immédiateté. Mélodiquement, la référence ultime, ce sont les Beatles ("they dropped me out of the darkness" sur Lennon song), mais dégraissés, sans les arrangements (hormis sur les derniers albums plus produits). Daniel va à l'essentiel, rendant compte de ses visions de la façon la plus directe et la plus émouvante. La voix tremblante, les cris ou les pleurs qu'on entend parfois sur ses enregistrements renforcent le sentiment intense de vécu, alternant avec des chansons plus gaies, le tout renvoyant à une confusion et une prolifération mentale ("Whoo, Yeah, Margaret, stop this crazy machine / Doctor, doctor, doctor, help, help" sur My titter girl) et une ambivalence des affects. Les chansons désespérées (Devil town , The Monster inside of me) tranchent avec les mélodies enjouées renvoyant au monde de l'enfance (Happy talk, Happy time) ou les très belles chansons d'amour qui parsèment sa discographie (celles sur Laurie ou même sur ses idoles les Beatles, King Kong ou Casper, qui sont aussi des chansons d'amour). La séparation chrétienne entre le bien et le mal trouve une représentation dans la dialectique interne à son oeuvre, entre la laideur et la beauté, ainsi "The Monster inside of me, King Kong et tous les morceaux de 1990, dans lesquels il tente d'exorciser l'emprise que Satan exerce sur lui. Problèmes psychiatriques ? Pas seulement. "I was on MTV. Everybody was looking at me. Held the hand of the devil." L'establishment, à travers MTV, incarne le diable qui préfère apprivoiser le monster, le transformer en monkey, figer la tension dans un mythe propre à assurer la vente de disques alors que le bricolage intensif de Daniel Johnston naît justement de cette lutte. "Who killed the monkey? It was beauty." Ses problèmes -dont la presse semble friande-, il les présente sur le modèle d'un combat dont l'enjeu est la beauté, le classicisme pop." (E. Levaufre).
L'entrelacs pathogène entre réalité et fiction, bien et mal, laideur et beauté, trouverait donc sa résolution dans la production intense d'oeuvres musicales ou graphiques uniques, qui permettent à Daniel de sublimer son imaginaire pléthorique et d'accéder à la visibilité et à la reconnaissance qu'il désire tant, même si ce n'est que dans le petit monde de l'underground. La recherche de la perfection pop et la récurrence des chansons d'amour dans sa discographie renvoient d'une certaine manière à un idéal d'amour chrétien universel, qui lui permet de ne jamais perdre espoir, même dans ses moments difficiles, et de chanter que "le véritable amour nous trouvera à la fin", "True love will find you in the end / Don't be sad, I know you will / But don't get up until / True love will find you in the end."
Lire le très bel article d'Emmanuel Levaufre sur le site du webzine Bardaf
Une interview de Daniel Johnston dont nous avons utilisé des extraits
Evidemment, les sites officiels : Museum of love et Hi how are you ?
Bios, paroles de chansons sur ce site
Hi how are you ?
La vie et l'œuvre de Daniel Johnston sont indissociables. Biographie de l'artiste.
Continued story
De 1981 à 2000, de la lo-fi pure à des oeuvres plus produites, la discographie commentée de Daniel Johnston.
Rejected unknown
Daniel Johnston a accepté de répondre succinctement à quelques questions avant son concert.
Johnston live
Compte-rendu du concert de Daniel Johnston à la Maroquinerie (Paris) le 6 novembre 2000.
Daniel illustre lui-même ses pochettes de disques (et le dossier de Chronic'art). Ses dessins sont exposés du 04/11 au 02/12 à la Galerie Zwemmer à Londres. Voir quelques extraits.