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2
sur 5

C’est toujours le même problème. Prend-on suffisamment de recul pour tester un jeu correctement et équitablement ? L’ai-je bien descendu -ou encensé-, cache-t-il sa véritable substance dans un autre mode de difficulté ? Même si un bon jeu se doit de ne pas faire attendre le gamer trop longtemps pour révéler toute sa substance, on peut facilement passer à côté d’une petite merveille qui patinerait au démarrage. Avec WarioWorld, aucun risque : plus vite torché, tu meurs… Un jeu de plates-formes, surtout marqué du sceau Nintendo, qui se finit en moins d’une après-midi, ça fait un peu tâche, forcément. Est-ce la raison pour laquelle les développeurs du jeu, du studio Treasure (Radiant silvergun, Ikaruga, Bangai-O entre autres merveilles), se sont aussi bien cachés, attendant le générique de fin pour apposer leur logo sur l’écran ? Peut-être. Il n’y a pourtant pas de quoi avoir honte à ce point-là. WarioWorld est un jeu de plates-formes / beat’em-all tout ce qu’il y a de plus honnête et efficace au premier abord. Un hub central -qui ne sert pas à grand chose puisqu’on se tape tout en enfilade- qui relie 4 mondes, dont 8 niveaux et 13 boss, une maniabilité sans failles, c’est le minimum syndical du label de qualité Nintendo. Sans trop se fouler, gentiment, mais sans génie, Treasure a rempli son contrat, proposant un gameplay solide quoiqu’un peu systématique.

Le problème c’est qu’on était peut-être en droit d’attendre un peu plus de la première incursion du double maléfique de Mario sur une console de salon. Déjà, il aurait sans doute fallu un univers digne de ce nom : après un Mario sunshine qui proposait un monde cohérent, tropical et ensoleillé, en marge des sempiternels clichés du genre, WarioWorld peut paraître un brin scolaire : forêt bucolique, manoir hanté, montagne glaciaire, pyramide, les niveaux s’enchaînent classiquement, sans le moindre fil conducteur. On cherche en vain, une atmosphère, une ambiance qui collerait au personnage si négatif de Wario. Mais rien. A part la personnalité et les beuglements (« Have a rotten day ! ») antipathiques du gros moustachu, on reste sagement dans l’académisme sans saveur. Du coup, lorsqu’on arrive à la fin, après une trop courte enfilade de niveaux vastes mais insipides et un tantinet répétitifs, on se sent lésé. On ne pense même plus aux quelques bonnes idées, aux sous-niveaux de plates-formes old-school à la Mario sunshine -en nettement moins hardcore-, aux boss bien pensés : WarioWorld passe comme un coup de vent, vite joué, vite oublié, et ce n’est pas les quelques objets / elfes / trésors à collecter qui vous motiveront à pousser l’expérience plus loin. Même si l’on pouvait subodorer que la licence Wario ne rejoindrait jamais les plus hautes marches du podium en compagnie des Mario, Zelda et autres Metroid, on espérait un tout petit peu plus que du fast-food gaming, de bonne qualité, mais bien trop vite ingurgité. Dommage, Wario vient de rejoindre Luigi dans le purgatoire des mascottes sous-exploitées…