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4
sur 5

On se demande bien quel effet peut procurer ce « Pirates 2004 » sur les jeunes gamers… Forcément, en 1987, année de sortie de l’opus original sur Amstrad CPC 6128, il n’était pas question d’être trop exigeant d’un point de vue technique. Seul critère de jugement pour apprécier un jeu à sa juste valeur à l’époque : son intérêt ludique. Pas seulement son gameplay -c’est subtil / ambigu le « gameplay »-, mais, au-delà des afféteries techno-sono-graphiques, sa capacité à hypnotiser le joueur, à l’immerger complètement dans un monde parallèle (sachant que, prouesses technologiques obligent, les afféteries, justement, sont dorénavant en mesure d’influer sur ledit gameplay, précision à l’attention des puristes). Un coin de paradis à soi avec ses codes, ses critères, son espace et son temps propres. Une fois de retour dans le réel, une seule idée en tête : y retourner -et « élargir sa conscience » disait Timothy Leary.

Pirates !, à l’époque, mélangeait déjà les genres et faisait sans aucun doute parti de ces jeux rares qui promettaient des heures d’exploration sans aucune impression de pertes de temps. Pour quelles raisons ? En vrac, la gigantesque étendue du terrain d’action, l’évolution progressive du héros, la non-linéarité du jeu, le sentiment de conquête et de puissance, l’effet de surprise et de découverte à chaque coin d’île, etc. Avec Sid Meier’s pirates !, l’équipe de Firaxis n’a pas seulement préservé toute la richesse du gameplay original, elle l’a exploité pour corriger certains écueils (terminé les situations de blocage pour cause de manque d’effectif sur le bateau : les manoeuvres -navigation, tirs au canons- sont plus lentes avec un équipage réduit, mais le navire reste constamment opérationnel) et y greffer quelques nouveautés : objets spéciaux, équipage spécialisé, combat multi-navires (un navire marchand et son escorte), pénétration discrète dans les cités illustrée par une séquence d’action, à travers laquelle il s’agit d’assommer les gardes, en lieu et place du trop minimaliste « lancé de dés » déterminant la réussite ou l’échec de vos actions furtives, et même musical si vous acceptez des invitations au bal pour danser la valse avec les filles de gouverneurs (séquence affligeante pour tout amateur de Space channel 5, cela va sans dire). Bien entendu, tout cela se répète indéfiniment -on s’en lassera- : on n’a pas fini d’arpenter de long en large l’océan à la pêche aux derniers ragots, pour dénicher les scélérats qui écument la région, battre en duel les concurrents listés dans le Top 10 des pirates, retrouver des membres de sa familles séquestrés on ne sait où dans les terres et amasser de l’or en accostant les galions marchand croisés sur son parcours. Et peut importe leur nationalité ! Mais le jeu en vaut la chandelle puisqu’il s’agit toujours de réputation. Le pirate le plus respecté des Caraïbes, c’est vous n’est-ce pas ?

Firaxis ne s’est donc absolument pas contenté d’une simple réactualisation technologique. A tel point que Sid Meier’s pirates ! est un joli cas d’école qui vient rappeler la puissance -la nécessité- d’un bon gameplay. Et puis, mine de rien, Sid Meier ouvre une nouvelle brèche (encore une !), tellement évidente a priori : celle du remake utile. Bonne nouvelle car, c’est incontestable, le patrimoine vidéoludique regorge de chef-d’oeuvres inachevés.