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sur 5

Hasard bien mystérieux ou ironie des dieux, la Grèce antique a échappé à la métamorphose forcenée de toute culture un tant soit peu évoluée en jeu de stratégie sous vide. Après les Romains avec Caesar I, II et III et les Egyptiens de Pharaon, c’est au tour des Grecs, pères de la civilisation occidentale, de tomber sous les coups de concepteurs bien empressés à réparer cet oubli inacceptable.

Respect de la tradition oblige, Le Maître de l’Olympe ne dépare pas d’un iota ses illustres prédécesseurs. En deux mots, il s’agit à nouveau de reprendre une somme d’actions connues par cœur depuis l’avènement de Sim city ou Populous et construire à coups de clics rageurs une cité de A à Z, les fonctions automatisées n’étant pas encore implémentées dans cette mouture. Pour résumer, ériger des centres d’habitation, les approvisionner en eau et nourriture puis développer des entreprises et des réseaux d’échange sans oublier le 1% de culture via les écoles de philosophie ou les gymnases… des tâches répétitives qui confinent au fil des scénarios à une lobotomie prononcée. A croire que le développement d’une organisation sociale se calque sur un schéma basique et transposable à l’infini. Au bout d’un temps plus ou moins long, les distances entre cités rivales s’amenuisent. L’érection d’une armée devient alors inévitable, et ce prétexte à quelques bastons éparses de fantassins et de cavaliers est parfois même occulté lorsque les troupes attaquent une ville en dehors de la carte. Bref, si la vision élégiaque de métairies disséminées dans des champs d’oliviers esquisse un paradis naturel idyllique, le retour aux tristes réalités matérielles rappelle que la gestion d’une cité peut s’avérer d’un ennui lénifiant.

La mise en pratique se révèle sans innovation majeure. L’interface de Zeus a bénéficié de la grande expérience des concepteurs : conviviale et claire, elle facilite l’immersion. Le recours à l’habituelle vue isométrique met en scène graphismes et animations certes honorables mais sans grande originalité. Les effets sonores suffisent à peine à réveiller les souvenirs enfouis des vieux péplums qui jadis proliféraient sur les écrans. Les paramètres à prendre en compte sont trop peu nombreux, comparés aux possibilités décalées et jubilatoires qu’offre un Civilization. Dès les premières missions en mode scénario ou libre, les capacités d’évolution sont quasiment toutes découvertes.

Malgré ses lacunes et le manque général d’imagination et d’innovation, Le Maître de l’Olympe parvient tant bien que mal à provoquer l’intérêt du joueur pour donner également dans la sauce ludo-éducative. A défaut de divertir le futur héros, Zeus réussit sans trop de problème à rafraîchir ses connaissances en matière d’histoire et de mythologie grecque. Si Thalès n’évoque pour vous qu’une gigantesque entreprise électronique aux multiples ramifications dans la vie civile et militaire, n’hésitez pas une seconde : Zeus aura tôt fait de remettre au goût du jour les personnages mythiques aussi divers que Thésée ou les centaures, sans oublier ce bon vieux Minotaure. Au hasard des destinées, l’intervention de ces protagonistes voire des dieux eux-mêmes influera directement sur les évolutions possibles des villes d’Athènes, de Sparte ou de Cnossos. Les plus exigeants trouveront sûrement leur bonheur dans une mise en contexte très bien documentée et grâce à la présence d’un lexique fort conséquent. A réserver donc en priorité aux scolaires qui réaliseront peut-être ce Noèl ce vieux rêve improbable : apprendre en s’amusant.

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