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 Figure marquante du cinéma hong-kongais, Chang Cheh a inspiré des générations entières de cinéastes. Portrait d'un inconnu talentueux par John Woo.

Pour comprendre de quelle manière le cinéma de Chang Cheh a été révolutionnaire, il faut avant tour se replacer dans la situation du Hong Kong de l'après-guerre. Dans les années 50, la Chine autant que la colonie britannique traversaient une période difficile, et la majeure partie de la population vivait dans un état de dénuement quasi-total. Le public qui se déplaçait dans les salles avait donc besoin de réconfort. Aussi aimait-il essentiellement les films dramatiques et les romances impossibles où les protagonistes s'extirpaient de situations en apparence désespérées. Au sein de ces histoires, la femme tenait, la plupart du temps, le rôle principal. Et cette domination des actrices sur le cinéma de l'époque, particulièrement dans les films mandarins a perduré jusqu'au milieu des années 60. Les raisons : ces stars avaient un caractère très affirmé, étaient souvent des comédiennes d'exception et, contrairement aux actrices d'aujourd'hui, savaient également très bien entretenir autour d'elles une aura de mystère. C'est dans ce contexte précis que Chang Cheh a réalisé ses premiers grands films de cape et d'épée. En ramenant sur le devant de la scène le héros chinois classique, il a été le premier à mettre vraiment l'accent sur les personnages masculins. En outre, comme son style de réalisation était totalement novateur, il est rapidement devenu le cinéaste le plus célèbre de Hong Kong. A l'époque, les Shaw Brothers, pour lesquels il travaillait, possédaient la première maison de production de la ville; et ils avaient quasiment la mainmise sur toute l'industrie du cinéma. Si l'on excepte les films du réalisateur de Boxer from Shantung et ceux de Li Hanxiang, la compagnie produisait généralement des oeuvres très médiocres. Pour les gens de ma génération, les films de Chang Cheh furent une formidable révélation. Surtout parce qu'en terme de film de sabres, notre seule référence était jusque-là les films japonais, en particulier ceux de Kurosawa, d'un niveau largement supérieur à nos productions made in Hong Kong. L'apparition du cinéma de Chang Cheh m'ayant personnellement boulversé, je rêvais de le rencontrer, d'apprendre à ses côtés. Mais ce n'est qu'en 1971, après avoir travaillé comme scripte pour la Cathay, la compagnie concurrente de la Shaw, qui ferma en 1970, que j'eus la chance, grâce à un ami, Chu Kong Tsien, un scénariste qui était aussi son assistant, de lui être finalement présenté. Dès notre première rencontre je fus très impressionné par l'homme. C'était un véritable gentleman, toujours très élégant, et surtout un intellectuel, l'incarnation contemporaine des anciens lettrés chinois - peu de personnes savent qu'il est, entre autres, un véritable maître calligraphe. Le plus frappant, au bout du compte, c'est que sa personnalité ressemblait à s'y méprendre à celles des personnages de ses films : un esprit chevaleresque toujours rivé aux notions d'honneur et de loyauté. Il m'appréciait beaucoup, comme il appréciait d'ailleurs tous les gens qui, à l'époque, tentaient de faire bouger les choses. Je devins alors l'un des ses assistants. (...) 
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    Sélection vidéo Vingt titres sélectionnés par ordre chronologique, de Chang Cheh à Johnnie To. |
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