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Ce dossier sur le "rap français" est né du plaisir de découvrir de nouvelles têtes dans le morne paysage hip-hop en France : TTC, La Caution, James Delleck, et à un autre niveau, DJ Mehdi, Oxmo Puccino, Rocé : tous renouvellent intelligemment un genre de plus en plus sclérosé par les médias "spécialisés" et les producteurs. Selon l'opinion générale des vrais amateurs de hip-hop, le rap français est en pleine déliquescence depuis quelques années. La majorité des amateurs classiques de rap en France parleront de Cypress Hill, House of Pain, Wu Tang, Jay Z, Biggie, Big Pun... éventuellement Cannibal Ox, Aesop Rock, Anti Pop Consortium pour ceux qui suivent une actualité plus large. Ces mêmes personnes diront bien souvent que le rap français ne les accroche pas... L'excellent webzine Hip-hop section se faisait récemment l'écho du désarroi qui touche ainsi le public rap en France devant la sclérose qui frappe le mouvement. Nous nous permettons d'en retranscrire un extrait ici : "Le rap français c'est une idéologie. Et comme toutes les idéologies, il nous promet le bonheur. Persuadé d'être l'égal du rap américain, il nous propose de vivre hip-hop, de respirer hip-hop, de manger hip-hop, de boire hip-hop, de pisser hip-hop, de chier hip-hop. Tout est hip-hop et le hip-hop est beau. "Peace, love, unity & having fun", le mot d'ordre du Rock Steady Crew devient aussi creux et mensonger qu'un slogan totalitaire. Car tel est bien la nature du rap français : en plus d'être insipide, il est totalitaire, il est fasciste. Le rap français est un fascisme, il ne supporte ni la critique, ni l'ironie. Le rap français a l'orgueil violent et bas-du-front de ceux qui n'ont rien d'autre". Ces propos à l'emporte pièce sont sans aucun doute l'arbre qui cache la forêt. Apparemment, l'auteur de cet éditorial n'attaque pas des groupes comme TTC ou la Caution, bien au contraire... c'est sans doute eux qu'il qualifie de "dissidents"... Mais qu'est-ce qui provoque ce genre de réactions ?
Il existe une fracture culturelle du rap français. Il est loin d'être universel, il ne fédère pas non plus intra muros, à part les IAM, Fonky Family, NTM (avant), dans une moindre mesure Disiz La Peste, 113... C'est presque une fatalité : l'auditeur qui n'est pas confronté à la vie décrite dans les univers, réels ou imaginaires, des rappers, finit par se blaser de textes qui relatent une histoire, un constat, une vindicte, non seulement redondants mais dénués de dimension artistique. En gros, même lorsque le fond est bon, sensé, etc... la capacité d'attirer, de communiquer et de séduire de ces groupes (FDY Phenomen, L'Skadrille...), se limite au public qui lui est acquis, celui dont les expériences personnelles lui permettent de se représenter ce dont il est question dans les chansons. C'est malheureusement le cas de nombreux groupes. Les Deblë Men sont au rang de ceux-la. Un très bon exemple, car ici, leurs textes sur la société sont construits, profonds et détaillés, mais la forme (composition, flow) manque cruellement d'alchimie et dresse un mur entre la volonté qui les anime et son but. A quoi bon vouloir faire passer un message à ceux qui le portent déjà ? Voici une des nombreuses faiblesses du rap français, une faiblesse surtout marquée par le manque de souffle, d'inspiration, d'orientation musicale, d'humour et de CULTURE, dont nul esprit à même de marquer celui d'un Autre (en tant qu'individualité), ne ressort. Un gros, le syndrome de particularisme, que l'on applique souvent à la culture française, sévit aussi dans le rap. Sauf qu'ici, au contraire de la littérature, il n'a aucune histoire. Mais il y a encore bien plus que cela. (...) | ![]() | ![]() ![]()
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| ![]() ![]() TTC Ceci n'est pas un disque ![]() James Delleck Acouphène ![]() La Caution Asphalte hurlante ![]()
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