Contrairement à son précédent film, Le Vent de la nuit, dans lequel deux acteurs confirmés, Daniel Duval et Catherine Deneuve, tenaient le haut de l'affiche, Sauvage innocence est l'occasion de découvrir de jeunes talents, Julia Faure et Mehdi Belhaj Kacem, dont c'est la première expérience au cinéma. Rencontre avec la belle Julia, révélation féminine du film. Avant Sauvage innocence, aviez-vous envisagé de faire du cinéma ?
Pas du tout. J'ai rencontré Philippe Garrel au Conservatoire où il donnait des cours assez particuliers. On se retrouvait dans une sorte de cave où on discutait tous ensemble pendant dix minutes, ensuite, on filait en bibliothèque fouiller dans des classeurs de scénarios où l'on choisissait une scène en vitesse. Tout cela se faisait très rapidement dans une espèce de fouillis général. Ensuite, on passait la scène qu'on avait choisie avec une ou deux autres personne devant Philippe qui nous filmait en cinq minutes avec un cadreur et un preneur de son. Il faisait une seule prise comme quand il tourne. C'était un peu fait de bric et de broc.
C'était votre premier contact avec une caméra ?
Oui. Il voulait nous aider à différencier le jeu théâtral et le jeu devant la caméra.
Et d'après vous, qu'est-ce qui distingue les deux ?
Je pense que ce qui sépare l'actrice de la comédienne, c'est la disponibilité qu'exige le cinéma. Au théâtre, il s'agit plus de livrer un travail préparé, fignolé alors qu'au cinéma on peut se permettre d'être totalement disponible, presque égarée, et laisser la caméra saisir des choses. Après si on fait des erreurs de texte, si on oublie ou on se trompe, soit ça sert le film, soit on refait.
Connaissiez-vous les films de Philippe Garrel avant Sauvage innocence ?
Non, j'étais très inculte, je n'en connaissais aucun ! Du coup, Philippe ne m'impressionnait pas du tout au début. Comme en plus j'étais sûre que mon rapport avec la caméra ne fonctionnerait pas, j'ai été très arrogante d'office, assez dédaigneuse, par manque de confiance en moi, je suppose. Finalement, quand il m'a montré ses films au bout de six mois, j'ai commencé à le vouvoyer. C'était ridicule ! Il m'a engueulé, il m'a dit. "mais pourquoi tu me vouvoies ?". Je connaissais très peu le cinéma ; c'était la première fois que j'avais l'impression qu'une oeuvre m'était en quelque sorte destinée et faisait résonner en moi des éléments personnels. (...)
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