TÉMOIGNAGE DE MEHDI BELHAJ KACEM

Le film montre donc, et on comprend mieux, avec un réputé "deleuzien", ma pomme, dans le premier rôle, pourquoi Deleuze plus qu'un faible pour Garrel nourrissait, montre, comme rarement à ce degré, du Désir à l'état pur. Le Désir, disait l'autre, se paie toujours d'un prix, qu'on tient, naïvement, pour bon, seulement à devoir le casquer, qui est la jouissance. Et quand on ne paie pas, comme n'importe qui, ce prix, qu'on vit jusqu'au bout son Désir sans en jouir plus, l'aplomb bien connu que donne la jouissance bien tempérée, fait place à un autre corps, celui du Désir, et à un monde où les rapports de forces, en-deça du cynisme obvie du scénario, qui font rage, expérimentent autre chose que la médiocrité baisouillarde en vigueur habituellement, surtout dans les milieux du cinématographe, où l'imaginaire libidinal n'est pas éloigné du service militaire.

Je parle en tout cas pour moi, ladite Julia ne s'étant pas privée de plus d'une infraction. Mais de toute façon ce que je dis du Désir vaut pour le mec, et l'abstinence, à la fois castration symbolique et surcroît de virilité à avoir sans désemparer le manche (Lacan et Artaud rencontrent Tony Montana), n'est opératoire que pour le mec, pas pour l'incastrable hystérie. Celle-ci étant de toute façon la vérité du Désir, qu'elle dégoise ou qu'elle se taise (j'ai une préférence pour cette dernière option), il ne dépend que du mec de se mettre à niveau, ce dont il s'acquitte rarement, puisqu'il n'y a pas trois cent mille façons, à part l'abstinence Tao; baisez, et vous hypothéquerez la plénitude de votre Désir. Le manche, donc, mais pas la jouissance, telle était la radicale option. L'intensité maxima de l'affect, en souffrance convulsée comme en nappes d'extase éthérée; tout cela, pour que l'amour entre deux personnes, qui ne communiquaient plus que par une vingtaine d'autres interposées, inscrive pourtant sa vie et sa mort, sans reste, à l'écran.

Quel qu'en fut le coût rarement la vie m'aura dispensé d'émotions si pures que durant ces huit mois. Le cauchemar mental du tournage, la paranoïa, la dépression, la psychose obsessionnelle, les spasmes, les bords d'évanouissement, que mon parti pris -ne pas céder sur le Désir d'un amour statistiquement perdu d'avance- généra, ne furent somme toutes "pas cher payés", pour reprendre une réplique du film, pour l'expérience de soi qui les remboursa. Le dernier plan fini, je ressentis une intense sensation de libération, d'exorcisme : non du type ouf soulagé, acquitté de sa corvée, mais je compris en une seconde que, durant tout ce temps, je n'avais fait "que" fournir un travail d'acteur, et qu'il en va artistiquement de ce job comme ailleurs, plus on va au bout de soi-même, mieux c'est sur la toile. Je procède ainsi à l'écrit, j'ai fait de même à jouer, hum, la comédie. Artistiquement donc, je fus davantage gâté que marri; pour ce qui est de l'humaine dimension, le film fini une seule conclusion peut trancher : biyat'ch. (...)









De l'intime à l'universel
hilippe Garrel, monstre interlope du cinéma français, a traversé les années sans se démarquer de sa ligne dure. Filmo commentée et parcours d'un électron libre.






Sauvage innocence
Pour l'écrivain Mehdi Belhaj Kacem, l'expérience filmique du film de Garrel a été le théâtre d'inspiration de son nouveau livre. En direct du tournage, un texte de MBK.






Naissance d'une héroïne
Révélation féminine de "Sauvage Innocence", Julia Faure impose sa présence dans l'univers métal du film. Rencontre avec l'actrice.
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Sauvage innocence


Essence n de l'amour



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