TÉMOIGNAGE DE MEHDI BELHAJ KACEM

Acteur principal du nouveau film de Philippe Garrel, Sauvage innocence, Mehdi Belhaj Kacem a vécu le tournage de ce long-métrage comme un événement singulier. Récit in extenso par l'intéressé.

Heureusement que le film ne fut au final pas seulement bon mais grand. Le tarif existential à payer eût été sinon trop lourd, si la pellicule d'un cinéaste majeur et d'un grand chef op n'avaient eu la faculté magique de capter l'intensité et l'épaisseur exactes du change, donnant donnant, comme on dit. L'art est toujours d'en obtenir, en différé, pour ce qu'on sacrifie. J'avais bien prévenu Julia avant que nous entamions une histoire d'amour que son inconscient, celui de Philippe et, quoi qu'en coûte l'aveu, sans doute le mien, seraient sans doute téléchargée pour périr avec et dans le film, que nous avions toutes les chances d'être son plus beau couple depuis celui de L'Enfant secret; couple qui y alla d'ailleurs lui-même de ses frasques et pas qu'à moitié.

Arrivé semi-dévasté sur le plateau avec le doute que celle que j'avais crue, avec son aval complaisant, un moment la femme de ma vie, était exclusivement intéressée par sa carrière et m'avait embobiné. Que la manigance s'agençât parfaitement avec le propos, cynique et revenu de tout, du scénario, voilà qui me faisait une belle jambe, pour l'instant.

Je décide de rester fidèle, cependant, ce que jamais ne fait un mâle premier rôle, à la promesse de chasteté faite à soi et à l'aimée pour le tournage; qui, restée tenue, j'en réponds, jusqu'à la fin dudit, contre toutes les affriolantes tentations. Tester la dimension "puritanisme Artaud" de mon imaginaire se paya dans la mesure où je me sentis tout du long dégoûté de toute forme de contact physique; et en retour, universellement baisé, vampirisé et dévoré.

L'algèbre était en place et c'est cette mécanique, lacanienne ou deleuzienne, selon moments, de renvois désirants, qu'après tout le film donne à voir fidèlement, dans le canevas de son histoire à lui, apte à digérer sans contradiction toutes les contradictions. Qu'en dire? Que l'hystérique ment, parce qu'elle veut qu'on se plie au doigt et à l'oeil de son Désir immédiat, qui change diamétralement, jusqu'à mythomanie, d'une seconde à l'autre. Que le schizo, en plus d'être trompé, se trompe et hallucine, parce qu'à vouloir que le monde reflète son Désir à lui, il devient le succube victimal, l'image monadologique, d'un monde qui pue a priori. (...)









De l'intime à l'universel
hilippe Garrel, monstre interlope du cinéma français, a traversé les années sans se démarquer de sa ligne dure. Filmo commentée et parcours d'un électron libre.






Sauvage innocence
Pour l'écrivain Mehdi Belhaj Kacem, l'expérience filmique du film de Garrel a été le théâtre d'inspiration de son nouveau livre. En direct du tournage, un texte de MBK.






Naissance d'une héroïne
Révélation féminine de "Sauvage Innocence", Julia Faure impose sa présence dans l'univers métal du film. Rencontre avec l'actrice.
Retour sommaire



Sauvage innocence


Essence n de l'amour



Loana / MBK / Breillat