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De l'art Garrelien La quintessence de son art réside manifestement dans le constant maniement d'une pellicule qui renferme visages féminins magnifiés et portraits d'enfants sauvages ; ceci au seuil d'une disparition liée aux aspérités de sa matière première. Monteur surdoué, il joue de toutes les possibilités cinématographiques, entre surexpositions, flashs, et coupes brutales : chaque plan constitue une équation à part entière Toujours sur la brèche, son cinéma d'alchimiste se distille en de multiples fragments casuels qui s'accordent à sa manière de maltraiter la pellicule. Les êtres naissants et finissants exercent indubitablement une fascination sur Garrel, considéré par beaucoup comme le cinéaste de la nativité et de la séparation. Ses visages fantasmagoriques de femmes-enfants, irréels, presque fantomatiques vivent en autarcie par le biais de la pellicule. Ils créent un monde parallèle, lumineux, comme vierge de toute histoire. Incandescent, virginal, les mots manquent pour évoquer l'émotion esthétique ressentie. Acculé à une existence pauvre, parachevant ses amours dans la pratique de son art, Garrel est en cela le précurseur direct de cinéastes comme Leos Carax… Murs blancs, violent faisceau lumineux, acteurs frappé d'une récurrente asthénie, Garrel, la tignasse ébouriffée, se voit taxé de faire du cinéma de chambre. Tournoyant, rentrant, sortant du champ à tout instant, il est à l'image de la pellicule : sensible et sombre. L'ère Nico Sa rencontre en 1969 avec Nico, dont il partagera la vie pendant près de 10 ans et avec qui il tournera autant de films, va définitivement transformer son cinéma. Relation fondatrice de toute l'oeuvre du cinéaste, point de jonction entre tous ses films, le spectre de la déesse berlinoise est successivement invoqué par Anne Wiazemsky, Mireille Perrier et aujourd'hui par la féline Julia Faure. D'une qualité picturale rarement atteinte, les films de l'ère Nico ressemblent à un puzzle psychanalytique où Garrel, pareil à un petit poucet, troque photogrammes contre miettes de pain dans l'objectif de fixer une trace de son histoire. Au gré de films accidentés et pulsionnels, Garrel, devenu adepte du muet, inspire et expire par le biais de la caméra. Pour leur survie et la sienne, il entame un véritable parcours du combattant et use de toutes les possibilités matérielles qui s'offrent à lui, au point d'utiliser caméra à manivelle pour Le Bleu des origines, lampes torches en guise d'éclairage pour Le Révélateur, pellicule périmée d'une dizaine d'année pour la réalisation du Berceau de cristal. Oeuvre hypnotique, déstabilisante, sur la corde raide, elle ne laisse aucune respiration au spectateur éberlué devant ce spectacle de pantomime. La vampirisation de l'auteur par la caméra et l'inévitable psychodrame qui s'ensuit provoque l'effroi. Réceptacle de tous les fantasmes, les films muets de Garrel convoquent un onirisme qui doit pour beaucoup à l'harmonium et aux envolées lyriques de l'égérie du Velvet Underground. Ainsi en va-t-il d'Athanor, des Hautes solitudes empreintes de la délicate Jean Seberg et de la sulfureuse Tina Aumont, ou encore du Révélateur (récemment ressorti aux éditions RE-VOIR) où clairs-obscurs violents et fils barbelés remémorent les camps de concentration. La trinité formée par Laurent Terzieff, Bernadette Laffont et Stanislas Robiolles nous y invite à une curieuse fuite contre de fantasmagoriques oppresseurs. (...) | ![]() | ![]() ![]()
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