TRESOR
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1991, Berlin. Un air de liberté souffle, sur un entrepôt égaré dans une friche industrielle à cheval sur les deux anciennes Allemagnes. Dimitri Hejeman, Johny Stiehler et Achim Kohlberger louent le lieu. Eux qui dirigent déjà le label électro-indus Interfish Records en font un "club" et le nomment Tresor. Le mouvement techno pointe son nez, ils ont signé en 1988 un certain Dr Motte, qui, un an plus tard, lancera un projet un peu farfelu : la Love Parade. Le trio s'intéresse aux Etats-Unis, part à la rencontre de musiciens parfaitement inconnus et créaient un nouveau label, du même nom que leur club.
C'est le début de l'histoire de la techno en Europe, où Tresor, le club, et Tresor, le label, vont accueillir les futurs pontes du genre. La première signature est symbolique : un morceau devenu emblématique, le "Sonic Destroyer" du projet d'Underground Resistance X-101, derrière lequel se cache un certain Jeff Mills. Le pont Détroit-Berlin est lancé. Les trois albums d'Underground Resistance X-101, X-102, X-103 sont signés. Les maîtres de la techno américaines suivront : Jeff Mills à nouveau avec les Waveform Transmission, puis son ami Robert Hood (Waveform Transmission II et Internal Empire), Frankie Bones, Eddie "Flashin" Fowlkes ou plus récemment Drexcyia d'Underground Resisatnce, Blake Baxter ou Aril Brikha.
En 10 ans, la politique du label ne changera jamais. A l'image de Warp en electronica, il s'agit de surveiller ici et là des talents connus dans les sphères underground (ou total inconnus), de s'assurer de leurs gages musicaux, et de les signer. Si bien que les rapports en viennent à se troubler, on se demande aujourd'hui si c'est Tresor qui signe des artistes de talent, ou si c'est le fait de se trouver signé sur Tresor qui confère à ces musiciens leur médaille de qualité.
A côté des américains, Tresor attrapera une flopée d'artistes européens : de la techno déjantée des britanniques Christian Vogel et Neil Landstrumm aux boucles des anglais Surgeon, Regis et James Ruskin. Le label n'oublie pas la scène locale, et signe les expériences de Sender Berlin ou la techno deep et majestueuse de Savvas Ysatis. Bien sûr, le panel de signatures n'échappe pas aux ratés, et Tresor a droit à son quota de disques insignifiants, de l'album Places de l'américain Joey Beltram au récent opus du japonais Schufflemaster. Néanmoins en dix ans, le bilan du label restera toujours positif, toujours à la recherche de l'originalité, comme en témoignes les récents Subhead, Tobias Schmidt, Dave Tarrida et le remixe confié au new-yorkais The Horrorist. Pour s'en convaincre : attendre l'arrivée de la compilation anniversaire Tresor vol 10. De Jeff Mills à Maurizio, de Neil Landstrumm à Robert Hood, une page de l'histoire de la techno est retracée.
Damien Almira |