KANZLERAMT

Au début des années 90, la techno allemande se caricaturait dans un courant trance et hardtrance symbolisé par Hardfloor et leurs courbes de TB 303 . Pourtant, depuis quelques années, un des meilleurs mouvement techno provient d'outre-Rhin, au travers des labels International DJ Gigolo, Konsequent, Muller, BPitch Control ou Kanzleramt.
Kanzleramt, c'est une génération d'artistes qui a grandi et fait ses oreilles dans les premières raves. Des musiciens qui ne cachent pas leur démarche dancefloor sans pourtant s'y limiter. C'est en 1994 que Kanzleramt apparaît, fondé par un jeune musicien recouvert du pseudo Heiko Laux. Un label pour accueillir ses propres productions, ou celles de ses amis dont quasi personne ne voulait à l'époque. Des inconnus devenus maîtres, des artistes qui, forts de leurs succès, ont presque tous créé leur propres labels, de Johannes Heil à Christian Morgenstern ou Anthony Rother.
Le son Kanzleramt est varié, hard techno, techno deep, électro ou ambient, mais reste marqué par une qualité extrême de production, une attention soignée sur le mixage des sons. Il y a chez les nouveaux berlinois (Kanzleramt était jusqu'en 2000 basé dans la banlieue de Francfort) un goût ferme pour la techno violente et hypnotique, une nostalgie marquée pour les premières raves : Heiko Laux en premier, notamment par le biais de son autre label Uturn, avant qu'il ne se dirige vers une tonalité plus douce et onirique (le morceau Five), laissant même de côté le principe des boucles pour une approche plus instrumentale et électro (le mini LP Sense Fiction). Son ami Johannes Heil semble encore plus atteint par cette époque rave. Il impose de brillantes attaques techno, et porte avec lui l'attention sur Kanzleramt (l'album Reality To Midi). Malgré son succès, le garçon prend des risques, ne craint pas de troubler ses fans en côtoyant l'ambient et l'expérimental (l'album Illuminate The Planet) ou en se penchant sur la new wave (le maxi Isis & Osiris sur son label JH).
Un autre fer de lance du label se nomme Christian Morgenstern. Avec Alexander Kowalski, il représente le penchant plus deep et féerique de Kanzleramt. Une musique plus proche de la house, qui plonge à l'occasion dans le pire et le meilleur des années 80 (sur son label Forte).
Au milieu de ses "artistes maisons", Kanzleramt a également su saisir des "passagers" alors peu connus : de l'américain DJ Slip au suédois Samuel L Session en passant par le boss du label Kurbel Richard Bartz. A côté, un artiste plus particulier imposera sa pate au label : Anthony Rother, un des maîtres actuels de l'électro héritière de Kraftwerk (avec le hollandais I-F, les américains Dopplereffekt ou Ectomorph). Un esprit sombre et déprimé, qui gagne la terreur (le récent double LP sous le pseudo Psy Performer), et se résume dans son superbe album Simulationszeitalter (sur son label Psy49). Kanzleramt a aujourd'hui sept ans (la compilation Kanzleramt 50), et que des bonnes raisons de les fêter.

Damien Almira

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