G-STONED
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Peter Kruder et Richard Dorfmeister ont quasiment inventé un genre, une scène. Un genre amené aux côtés des allemands Compost et Jazzanova, et défendu par l'anglais Gilles Peterson. Un genre qui puise ses sources dans le rare groove, le jazz, les musiques sud américaines, le hip hop, le reggae, et qui se crée par l'électronique. Appelez ça trip hop, downtempo ou lounge, comme vous voulez, les viennois apparaîtront toujours dans la liste des initiateurs.
Le duo créait le label G-Stoned en 1993. DJs, ils y amènent leur premier maxi G-Stoned, posant sur la pochette à la manière des américains Simon & Garfunkel. L'impact est immédiat, massif, essentiellement dans une Angleterre où se prépare le courant trip hop. Dès lors, le travail de composition se focalise sur les nombreuses demandes de remixes. Bomb The Bass, Roni Size, David Holmes ou Depeche Mode passent entre leurs mains. Des mains qui modèlent un son singulier, doux, profond et atmosphérique, sombre et féerique, caractérisé par une présence accentuée des basses. Ces travaux aboutissent à une compilation, un des grands succès de l'électronique : The K&D Sessions, dont les retombées s'entendent encore aujourd'hui pendant les interludes d'une radio d'information nationale. Malgré un remix pour Madonna (Nothing Really Matters), Kruder & Dorfmeister ralentissent le rythme de leurs remixes et se concentrent sur leur label et sur des projets personnels. Pour Richard Dorfmeister, il y a Tosca, groupe réalisé avec son ami d'enfance Rupert Huber. Un parfait mélange des deux courants fréquentés par le binôme : nouvelle scène dub pour Dorfmeister, scène expérimentale pour Rupert. Suite au single Chocolate Elvis (1994), vient un premier album en 1997 : Opera, magnifique voyage sombre et pernicieux, suivi d'une série de remixes réalisés par les amis de K&D, de Fila Brazillia (Pork) à Beanfield (Compost) en passant par Patrick Pulsinger et Tunakan (Cheap), série qui aboutira au Fuck Dub, The remix album. Le second, Suzuki, également accompagné d'une série de remixes (Suzuki In Dub) n'ouvrira pas les mêmes perspectives sonores, se confinant dans un conformisme peu excitant. Toujours sur G-Stoned, Peter Kruder amènera un album solo, Peace Orchestra, qui révèle le côté plus aérien, plus léger et rythmique, présent dans les productions du duo. A côté des productions des deux patrons, G-Stoned accompagne l'émergence de la scène "dub" viennoise. Un accompagnement prudent, peu d'artistes signés, qui montre les limites et les vertus de ce courant. L'album Heaven or hell de Walkner Möstl touche ainsi avec brio l'insipide, ce genre de disque à peine sympa cinq ans plus tôt. L'excitation revient avec le sous label Dub Club, et un artiste comme Sugar B, MC de K&D qui propose un dub crade et morbide, à mille lieux d'une lounge paresseuse (l'album I &I Produkt).
G-Stoned résume ainsi, après l'euphorie inhérente à la naissance d'une nouvelle scène, les excès (de faiblesses) du genre et ses futures promesses, alors que le premier véritable album de ses créateurs, Kruder and Dorfmeister, n'est toujours pas de ce monde.
Damien Almira |