Chronic'art : Noise Museum était un label de musiques électroniques pures. Aujourd'hui, vous changez de nom et d'orientations musicales pour créer le label Alice in Wonder. Est-ce parce que les musiques électroniques commencent à devenir à la mode que vous cherchez à vous démarquer ?
Yann Farcy : Non, c'est vraiment un choix personnel, lié à ma vie. Je crois que je me sens mieux dans les musiques "acoustiques" en opposition aux musiques électroniques. Il est aussi vrai que, ces derniers temps, j'avais l'impression que la scène electro tournait un peu en rond... Mais peut-être que ce sentiment ne venait que de moi et de mon désir de changement. Il est vrai aussi que le folk et le rock m'apparaissent plus comme des musiques existantes de tous temps, peut être plus fondamentales, moins superficielles, alors que l'electro / techno est un phénomène hype... Mais cela est un sentiment très personnel, pas un jugement de valeur.
Beaucoup de vos dernières sorties sont plutôt orientées "post rock". Est-ce une manière de faire subsister la musique électronique dans votre label ? Ou alors comptez vous vous détacher progressivement de cela, pour produire des formations de rock plus en plus classiques à l'avenir (comme Last Harbour par exemple) ?
Le label sera définitivement rock / folk. Ce qui ne m'empêchera pas de produire certains groupes utilisant de l'électronique , mais dans une approche que je qualifie de rock en opposition à la techno. Et si je veux vraiment être honnête, je pense que mes goûts me portent plutôt vers une électronique "rock" et ce, depuis des années... Le début de l'indus en 77/78 était plus d'obédience rock que purement électronique.
Après avoir passé plus de sept ans au sein de la scène électronique, qu'en avez vous retenu ? Quelle est votre vision des coulisses de ce milieu en France ?
Ennuyeux... Ces dernier temps, j'avais tendance à parler de musique autiste. C'est un milieu de musiciens - sauf rares exceptions - purement tournés sur leur ego, assez souvent incapables de communiquer avec le public, ou les gens qui font exister leur musique... Quant au milieu français je m'en suis toujours tenu à l'écart !!!
"Alice Will never surrender", "L'ultra libéralisme est la négation de la vie"... Que signifient tous ces slogans politiques (pour ne pas dire extrémistes) déployés par Alice in Wonder ?
L'envie de dire ce que je pense du monde et de la société actuelle, comment peut-on vivre heureux dans le culte de la marchandise et des objets, alors qu'une bonne partie de la planète meurt de faim ? On peut me traiter de naïf... Mais je m'en moque !
Est-ce en réaction à la scène musicale française ? Y a-t-il selon vous en France un réel contrôle de la culture par les médias ou autres institutions ?
Je ne dirai pas contrôle au sens paranoïaque du terme. Mais il est vrai que les média français jouent un rôle prépondérant dans la non-diffusion de la musique qui se créé actuellement. Je ne dirai pas que cela se fait sciemment, mais je crois que malheureusement une bonne partie de ceux qui se disent journalistes musicaux, n'ont qu'une très maigre culture musicale... Curieux paradoxe. Ce que l'on n'admettrai pas d'un journaliste économique, scientifique... en France, est admis parfaitement d'un journaliste musical... Heureusement il y a quelques exceptions à la règle, et certains -rares- journalistes, le sont vraiment.
Votre label effectue très peu de promotion presse. Voire même pas du tout pour certains artistes. Ressentez vous une aversion envers la presse musicale spécialisée en France ? Quelles sont les principales différences avec ce que vous connaissez de la presse anglaise, belge ou allemande ?
Je crois que je viens de donner déjà une part de la réponse.... A l'étranger j'ai vraiment le sentiment d'avoir en face de moi de vrais journalistes, même les fanzines étrangers me semblent de bien meilleure qualité que les fanzines français... On y croise de vrais " fans" de musiques qui ne publient pas un fanzine uniquement pour recevoir des cd's gratuitement, mais avant tout parce qu'ils AIMENT la musique... Le problème français vient certainement de là... Les journalistes français aiment -ils vraiment la musique, ou aiment-ils plus leur statut ?
Pouvez vous nous parler de l'avenir du label ? Quelles sont vos prochaines sorties ? Vous semblez de plus en plus vous orienter vers les groupes anglais ou américains. Cela favorise-t-il la distribution à l'étranger ?
Folk, neo folk, indie pop... Avec pas mal de licences de groupes anglais et américains, je développe aussi mes relations avec l'équipe de l'émission "De avonden", sur VPRO (radio en hollande), en sortant certaines des sessions qu'ils enregistrent : Last Harbour en est le premier exemple, le live de Tank qui sort d'ici quelques jours, en est le deuxième. En automne je devrais sortir la session de Paloma. Il est évident ces choix musicaux, me permettent d'être plus présent à l'étranger où ces musiques sont TELLEMENT plus connues qu'en France... Quand je pense qu'en France, pratiquement personne ne parle de groupes tels que Tarentel, Halifax Pier ou d'un type aussi génial que Greg Weeks... Je me sens parfois écoeuré... Sinon, quant à la "philosophie" du label... Je crois que je tiens absolument à être un label indé... La scène indé a quasiment disparu en France... Avec les idées et les valeurs que cela sous-entend.
Propos recueillis par Vasken Yossarian