
R&S peut se vanter d'être un label essentiel aux musiques électroniques. Les belges ont constitué une plate-forme formidable pour des artistes alors inconnus, d'Aphex Twin à Derrick May. Renaat Vandepapeliere et Sabine Maes fonde R&S (Renaat & Sabine) en 1984. Un label par passion, passion des innovations musicales et technologiques. L'argent n'est pas encore là ? Peu importe, les locaux se poseront dans leur salon. Les premières années accompagneront la déferlante acid house et new beat, avant l'arrivée pionniers de la techno. A l'image du label berlinois Tresor, R&S s'intéresse le premier à une vague d'artistes inconnus en Europe comme aux USA. Ils sont de Détroit, ils se nomment Juan Atkins (sous le pseudo Model 500) et Derrick May (Mayday), bientôt rejoints par une deuxième vague américaine, de Détroit toujours - Kenny Larkin (notamment sous le pseudo Six Nine), Carl Craig, Stacey Pullen (sous le pseudo Silent Phase). D'autres artistes suivront, venus d'autres horizons, comme Dave Angel et Joey Beltram (la compilation Classics et le tube Energy Flash). En ce début des années 90, la trance fait des cartons, et R&S ne passe pas à côté. Les belges rencontrent le succès avec de brillants artistes (CJ Bolland et l'album The 4th Sign, le suédois Robert Leiner alias The Source Experience) ou des signatures plus anecdotiques mais non moins fructueuses ( Jaydee et le tube Plastic Dreams ou les horribles Jam & Spoon). Mais R&S demeure à l'affût : si le label suit parfois les tendances, il les précède la plupart du temps, et signe ainsi un inconnu répondant à un étrange pseudonyme : Aphex Twin. R&S inaugure ainsi un sous label dédié aux musiques plus ambient et expérimentales : Apollo. Là aussi, c'est un quasi sans faute. Aphex Twin y signe le premier volume des Selected Ambient Works (Selected Ambient Works 85-92). Le suédois Robert Leiner y laisse un magnifique album ambient (Dream or Reality), suivi des maîtres du genre : les anglais The Future Sound Of London, Thomas Fehlmann, Mix Master Morris (sous le pseudo The Irresistible Force) ou le duo allemand Sun Electric. R&S acquiert une renommée internationale, continue sa recherche d'artistes prometteurs, et croise ainsi la techno peu conformiste du japonais Ken Ishii, le nouveau projet de l'anglais Steve Hillage (System 7) ou les prémices jungle de l'anglais Wax Doctor.
La fin des années 90 voit néanmoins le label baisser d'un ton. Précurseur des tendances, il semble désormais à la traîne. Il se lance dans des séries de rééditions ou de licences de classiques (la série Vintages) et consacre l'essentiel de son travail à des compilations. La plupart sont réussies (In Order To Dance), mais les belges semblent manquer de cohérence artistique, passent d'un genre à un autre, de l'intéressant à l'insipide. Depuis quelques temps, pourtant, R&S semble retrouver de son flair, notamment en techno, en prenant en licence des tubes comme le Bon Voyage de Air Frog (Stephen Grieder et Pinguin Man) paru chez Svek, ou de "nouveaux" talents tels l'anglais Ibrahim Alfa. Les belles histoires de R&S pourraient bien reprendre...
Damien Almira
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